Chronicles [Roman à découvrir par mail]

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Episode 1

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Je suis une ombre.
Une rumeur. Je n’existe que pour un certain nombre d’élus, d’érudits. Je suis une légende, un mythe. Je n’ai pas de forme, ou plutôt, mes formes sont multiples dans l’imaginaire collectif. J’appartiens à une race dont tout le monde a entendu parler mais que, paradoxalement, personne n’a jamais vue. Je suis au sommet de la chaîne alimentaire, le dominant de la meute. Je suis la menace dans la nuit, tapi dans les ténèbres, immobile, silencieux. Là, au coin de la rue, entre les deux halos lumineux des réverbères. Dans un coin du métro, lorsque les derniers passagers quittent la rame.
Personne ne me prête la moindre attention. Je suis un homme. Semblable à tant d’autres. Semblable, mais pas identique. Une simple marque me différencie de vous autres. Un unique symbole qui fait froid dans le dos, qui terrorise ou qui fascine. Mais vous ne le voyez que rarement. Et lorsque cela arrive, vous en souriez, en plaisantez. Comme pour écarter la menace. Comme si cette évidence était un leurre, comme si elle n’existait pas.
Je suis parmi vous. Je suis peut-être une de vos fréquentations, qui sait ? Je suis votre beau-frère ou votre banquier. Je suis le voisin qu’on ne voit presque jamais. Je suis l’inconnu qu’on croise tous les jours. Je suis comme la plupart des tueurs en série les plus dangereux. Je suis proche, familier et pourtant banal. Je suis l’ange de la mort.

Je suis un Choisi.
Vous préférez le terme impropre de Vampire, plus parlant. Vous pensez tout connaître de ma nature mais il n’en est rien. Je vais vous raconter ce que je sais. Je vais vous décrire les phases de transformation par lesquelles je suis passé car, non, je ne suis pas né ainsi. Notre code m’interdit de me livrer à un tel récit mais je ne résiste pourtant pas.
Cela fait plus de dix ans que j’ai connu l’éveil et suis devenu un immortel. À l’échelle de l’éternité, ce n’est rien. Je suis un jeune, un novice, un apprenti. Cette jeunesse explique peut-être mon enthousiasme. À moins que ce ne soit ce siècle de communication à outrance ?
L’histoire que je m’apprête à vous conter est la mienne. Sans tabou, sans honte et sans maquillage. La vérité brute, aussi incroyable puisse-t-elle vous paraître. Soyez prévenus, je vais vous présenter un monde nouveau qui jouxte le vôtre. Brutal, violent, complexe et codifié mais magnifique. Un monde que vous côtoyez chaque jour, mais que vous ne soupçonnez pas.

Je suis Sébastien Dequesnne.
Il y a un certain temps que je voulais raconter mon histoire, faire découvrir au monde la vue que l’on a d’ici. Je sais que la plupart ne sont pas prêts pour cette révélation mais qu’à cela ne tienne, je me lance. J’entends circuler trop d’informations erronées de toute part. J’entends dire que nous n’existons pas, que nous sommes des contrefacteurs. Mais il n’en est rien. Nous sommes réels, vivants… et parmi vous. Cependant nous avons des règles et la première d’entre elles, datant de plusieurs millénaires, est la discrétion. En ce moment même, je la transgresse. Pourquoi ?
Pour être tout à fait honnête, je crois que c’est un simple désir narcissique. Pourquoi être au sommet de la hiérarchie si c’est pour vivre caché ? Ne sommes-nous pas l’équivalent des dieux sur Terre ? Ne sommes-nous pas invulnérables et immortels ? Aucun lion ne vit reclus dans sa tanière. Il sort, se pavane et fait valoir son statut. Pourquoi donc ne ferions-nous pas de même ?
Le conseil.
Nous avons nos lois, comme je le disais. Et le conseil était un peu l’équivalent d’un gouvernement dans notre société. Du moins jusqu’en 2007. Cette année-là, une nouvelle Caste est réapparue. À sa tête, un vieux Vampire, un sang-pur venu du nord. Je reviendrai un peu plus en détails sur cela plus tard. Quoi qu’il en soit, l’ancien conseil a connu de grands bouleversements et deux Castes se partagent notre communauté. J’ai choisi mon camp. Ce dernier ne verra pas mes révélations d’un mauvais œil. Mais il ne me protègera pas pour autant. Ni de nos rivaux, ni de la LOTUS.
Je prends conscience qu’il y a de nombreuses choses dont il me faut parler pour que vous compreniez tout ce que j’ai à dire. Nous vivons tous sur la même planète, à la même époque et pourtant, nos mondes sont si différents. Commençons donc mon récit, si vous le voulez bien. Par le début…

 

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Ainsi s'achève le premier épisode de Chronicles par mail !
Rendez-vous dans deux jours pour la suite. En attendant, n'hésitez pas à me donner vos premiers ressentis sur les réseaux sociaux (#ChroniclesParMail) ou à découvrir mes autres travaux sur mon site web.
 A dans deux jours :)

 

Episode 2

J’ai quarante ans. Je n’ai pas toujours été un Choisi, cela va de soi. Il n’y a d’ailleurs pas si longtemps, je ne connaissais des Vampires que ce que nous en disaient Anne Rice ou d’autres écrivains plus ou moins connus : un ramassis de conneries. Mais j’y reviendrai. Parlons de mon humanité un peu, si vous le voulez bien. C’est de là que je suis parti.
J’étais un garçon standard, de taille et de corpulence moyenne, avec un physique passe-partout. Parents divorcés à l’âge de quatorze ans, éducation classique, en bref : personne. Noyé dans la masse des êtres humains insipides et si fiers de n’être rien. Chahuté dans le métro parisien des heures durant, matin et soir. Travaillant pour un patron que j’exécrais, mais à qui je devais mon emploi, et par conséquent, le respect. Je cumulais sans vergogne cigarettes, alcool et, occasionnellement, drogue, passant d’une soirée branchée à une autre. J’adorais cette vie pour être honnête. Je rentrais dans le moule, j’avais une poignée d’amis, mes petites amies s’enchaînaient à un rythme respectable. Je gagnais suffisamment ma vie pour m’offrir de bonnes vacances. Comme beaucoup, je faisais, de temps à autre, un petit coup de déprime en me demandant où ma vie de petit comptable merdique allait bien pouvoir me mener. Jusqu’au jour où, en sortant d’une soirée chez une amie d’une amie, à moitié saoul, je fus témoin d’un événement qui m’a dessaoulé en une seconde.
C’était tard le soir ou tôt le matin, comme bon vous semblera, quelque part entre le dix et le onze juin 2006, après cette fameuse soirée lourdement chargée en vin rouge. Cette boisson n’était pas de mes préférées mais l’ambiance nécessitait un état d’ébriété avancée pour être appréciée et le choix n’était pas bien vaste. Le problème du raisin se situe du côté de mon système digestif. Le manque de sommeil aidant, je me suis vu accroupi au coin d’une ruelle en train de contempler l’essentiel de mon repas sous forme semi-liquide.
Je tentais de me redresser lorsque le bruit d’une bagarre m’est parvenu. Ivre comme je l’étais, j’allais bêtement me mettre à crier après ceux que j’imaginais être deux fêtards aussi éméchés que moi, lorsque j’ai vu un corps s’effondrer à quelques mètres de moi. Je fus si surpris que je suis retombé en arrière, les fesses dans le vomi, sans oser bouger. Rétrospectivement, je pense que ce fut une bonne idée. À peine une seconde après ce corps inanimé, une femme est apparue et s’est jetée à son cou. Pas comme une maîtresse désireuse de son corps, non. Elle avait plus l’air d’un animal féroce que d’une femme.
C’est à ce moment que j’ai constaté que j’étais redevenu sobre : je sentais mon cœur battre dans ma poitrine avec force. Soudain lucide, je pris conscience des tremblements de mes membres et me contraignis à les réduire autant que possible. Cette femme avait l’air trop occupée pour faire attention à moi et je n’avais pas du tout l’intention de la déranger. Je ne voyais pas bien ce qu’elle faisait à cet inconnu, cachée dans l’ombre, mais les tressautements dans la jambe du type et le son de succion étonnamment audible, ne me donnèrent pas envie de m’approcher pour en avoir le cœur net.
Les spasmes de la victime cessèrent après quelques minutes. Les bruits horribles que faisait la femme s’éteignirent peu après et elle s’étendit sur le sol humide pendant un temps indéterminé. Je priais un dieu auquel je n’avais jamais cru qu’elle ne me découvre pas. Inconsciemment, j’avais couvert ma bouche de mes deux mains et désespérais de retrouver un rythme cardiaque stable. Elle, immobile, expulsait des volutes blanchâtres de sa bouche avec la régularité d’une horloge atomique. Étrangement, sa poitrine oscillait à peine, à tel point qu’on eût dit une statue de cire. Toutes mes certitudes sur la question vacillèrent, puis s’effondrèrent, pendant le temps qu’il fallut à cette chose pour se remettre de ses émotions : les Vampires n’étaient pas que des créatures de littérature ou de cinéma. Je venais d’assister au repas de l’un d’entre eux.
Enfin, elle se releva sans me prêter attention et attrapa sa victime avant de s’éclipser avec une soudaineté effrayante dans la noirceur de la ruelle. Elle n’avait pas eu l’air de faire d’effort particulier pour fuir. Comme si le cadavre, vidé de son sang, ne pesait plus rien. Malgré sa disparition, je restai encore sur place pendant de longues minutes avant de quitter les lieux, dans la direction opposée. Toutes ces sensations liées à l’alcool m’avaient quitté pour de bon et ce fut d’un pas alerte que je rejoignis ma station de métro, transi de froid et le derrière poisseux, mais vivant malgré cette expérience.
De retour à mon appartement, je me barricadai pendant deux jours complets. Mes phases de sommeil furent peuplées de Vampires, de corps désarticulés et de sang et je crus plus d’une fois perdre la raison.

 

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Nous voici dans le vif du sujet à présent.

Si le concept ou l'histoire (ou les deux !) vous plaisent, n'ayez pas peur d'en parler autour de vous et de partager le lien d'inscription pour ce roman par mail. Ca m'aidera à faire connaître cet univers. Merci !

 

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 A dans deux jours :)

 

Episode 3

Les Vampires existent. Ce fut en fin de compte la seule chose qui resta de ces deux jours dans le noir. Ma vie reprit lorsque mon bien-aimé patron me rappela qu’une absence non excusée était motif de renvoi. Vous connaissez la ritournelle habituelle, je suppose. Je suis donc allé faire un tour chez mon médecin qui, voyant ma tête de déterré, ne s’est pas fait prier pour me rédiger un arrêt de travail en bonne et due forme. J’eus encore une semaine devant moi pour me remettre de cette rencontre. Mais croiser un Vampire est autrement plus marquant qu’une entrevue avec une star de K-pop. Du moins, le pensais-je. Je revoyais cette ombre penchée sur cet inconnu en permanence. Le soir, dans mon appartement, j’allumais toutes les lumières et restais aussi loin que possible des zones sombres. Elle aurait très bien pu vouloir me retrouver pour éliminer le seul témoin de son existence, après tout.
Il me fallait donc être prêt. C’est ainsi que j’entrepris mes premières recherches sur le sujet. Les bibliothèques et autres librairies ne m’apportèrent aucune aide. Dès que vous évoquez cette race supérieure, votre interlocuteur vous oriente invariablement vers le rayon fantastique de sa boutique et vous abreuve de romans aussi divers que variés, mais sans aucun intérêt. Internet me donna plus de satisfaction dans un premier temps, en me permettant de mettre la main sur des essais et autres thèses liés au folklore vampirique. Mais il me fallut près d’un mois pour enfin avoir la sensation de progresser. Durant ce laps de temps, j’avais repris mon travail, mais tout le reste de ma vie fut abandonné tour à tour : les sorties, les amis, l’alcool, seule la cigarette résista. Je n’avais plus qu’un leitmotiv : trouver une preuve. Mon intégrité psychologique était en jeu. J’avais vu une de ces choses s’en prendre à un être humain à quelques mètres de moi. Personne n’en avait parlé dans la presse ou ailleurs et, visiblement, personne au monde ne croyait en leur existence. Personne excepté un Américain du nom de Klepin. Il avait une page web qui expliquait en partie pourquoi mes recherches étaient vouées à l’échec. Le terme Vampire était en réalité impropre, il fallait les appeler Choisis. Son site, dédié à l’évolution et fermé depuis, ne contenait que très peu d’informations, et aucun lien vers une quelconque source à ce sujet, mais il suffit à me rassurer : je n’étais pas fou. Si je l’étais, du moins avais-je un compagnon.
Pourtant, j’étais encore loin de la délivrance. La page de Klepin ne m’apprit rien de plus que ce nouveau terme et son vague témoignage sur une scène ressemblant grandement à celle que j’avais moi-même vécue. Il publia une bonne partie de ce texte dans un essai en novembre 2006 tout en prenant bien soin de masquer ses allusions aux Vampires. Quant à moi, je recommençai mes recherches en remplaçant Vampire par Choisi. Évidemment, les résultats tombèrent par millions et faire le tri fut un travail titanesque. En parallèle, je tentais, en vain, de rentrer en contact avec ce James Klepin. Pendant de nombreux mois, je fouinais partout, de forums en pages web, de boutiques ésotériques en librairies spécialisées et chaque fois, le résultat était le même : aucun être humain ne semblait connaître cette appellation étrange. Les mois qui suivirent furent une succession incessante de journées calquées les unes sur les autres. Je me rendais à mon travail sans la moindre motivation, la tête remplie de théories sur l’existence des Choisis et les raisons de ce silence. Il me semblait impossible d’être le seul être humain ayant assisté à ce genre d’événement. Mais si les témoins paniquaient autant que moi à l’idée de recroiser une telle créature, cela suffisait à ce que leur secret perdure à tout jamais. Aussi décidai-je de poster quelques messages sur des forums pour voir ce qui en ressortirait. Chaque soir, en rentrant du boulot, c’était la même chose. Je me connectais sur internet et reprenais mes recherches où je les avais laissées la veille. Le weekend, je parcourais les forums.
Je n’ai jamais eu le plaisir d’obtenir une réponse de cet énigmatique Klepin. En revanche, je découvris une drôle de surprise qui m’attendait au pied de mon immeuble, un soir de février 2007.
 

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J'espère que vous êtes impatients d'être dans deux jours pour connaître la suite.

En attendant, vous pouvez partager un peu partout le lien d'inscription et parler de Sébastien à vos amis lecteurs ;)

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 A dans deux jours :)

Chapitre 4

 croiserez au moins une fois dans votre vie, si ce n’est déjà fait, une personne avec cette petite anomalie. Mais depuis huit mois, j’étais à la recherche de ce que je pensais être des Vampires. Depuis huit mois, je vivais avec l’image persistante d’une femme se nourrissant au cou d’un être humain. Si belle fut-elle, mon sang se glaça dans mes veines. Je parvins, tant bien que mal, à garder le contrôle de mes émotions et lui fis face. Après tout ce n’était peut-être pas elle.
— Bonsoir, répondis-je à mon tour.
— On devrait aller chez toi, fit-elle.
Et elle accompagna ces mots d’un nouveau sourire. Je n’avais plus aucun doute sur ce qu’elle était, en revanche j’ignorais si je courrais le moindre danger. La rue était déserte, elle aurait pu me tuer sur le champ, pourquoi donc se donner la peine de monter sept étages et prendre le risque de croiser des témoins ?
J’ouvris la voie jusqu’à mon trois pièces deux fois trop grand pour moi et, par habitude, allumai toutes les lumières avant de me fixer, debout dans le salon, attendant la mort. Curieusement, mon cœur qui battait la chamade n’était pas la manifestation de ma peur, mais plutôt de mon excitation. De son côté, mon invitée surprise entreprit d’éteindre méthodiquement chacune des sources lumineuses, à l’exception d’une liseuse dans la pièce. Elle se déplaçait vite malgré des mouvements d’une lenteur fantomatique. Aujourd’hui encore, je ne sais expliquer ce phénomène étrange chez certains Choisis.
Je me retrouvai donc à quelques pas d’elle, un air malicieux accroché au visage, qui collait si peu à l’image que j’avais d’un Vampire. Elle m’observa un moment sans rien dire, son regard balaya ma silhouette rendue svelte par une alimentation réduite à son minimum. Malgré une légère gêne, je décidai de me mettre à mon aise, elle pouvait faire ce qu’elle voulait de moi, que je sois debout ou assis. Une fois dans mon canapé bon marché, sa présence me parut moins incongrue, c’était une jeune fille dans mon appartement ; une de plus sur la liste.
— Tu cherches après nous semble-t-il, attaqua-t-elle sans préambule. Pourquoi ?
— Je… je voulais savoir, hésitai-je. On parle de vous depuis des années tout en prétendant que vous n’existez pas. Et il y a presque un an, j’ai cru voir l’un d’entre vous. Depuis, je cherche à savoir si j’ai rêvé…
— Sûrement, répondit-elle, laissant son sourire au vestiaire pour cette fois.
Elle me fixa encore un instant et sembla hésiter, avant de finalement tourner les talons et sortir de chez moi. Je restai interdit, ne comprenant pas vraiment ce qu’il venait de se passer. Elle était venue me trouver chez moi, pour me poser une question qui n’avait que peu d’intérêt en réalité. Une seule question ! Cette visite énigmatique sans queue ni tête et sans raison, n'avait fait qu'aiguiser encore plus ma curiosité. Ma seule certitude à ce moment, était que j’allais la revoir. Je voulais la revoir et puisqu’elle semblait savoir où je vivais, il était plus que probable qu’elle revienne. Elle m’avait laissé là, sans un mot, sans une explication et surtout, sans me tuer. Pourquoi ?
J’avais cependant pu obtenir une réponse, après des mois de recherches infructueuses : quel que soit le nom qu’on leur donnait, ils existaient. Naturellement, je n’arrêtai pas mes investigations. J’espérais une nouvelle visite de sa part, mais n’ayant rien appris de plus sur sa race, je relançai mes fouilles.

 

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Je vous parle à nouveau du partage pour l'inscription à ce roman par mail ?

Non, vous avez compris je pense :)

 

 A dans deux jours alors...

 

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Chapitre 5

Deux mois s’écoulèrent sans que notre rencontre n’ait rien changé à mon quotidien. Je dormais toujours aussi peu, passant mes nuits devant mon écran, mes journées au bureau et le reste du temps à découvrir de nouvelles boutiques. Et pour ça, il faut bien avouer que Paris était un endroit extraordinaire et foisonnant. Je trouvai un magazine au tirage confidentiel qui titra un de ses numéros « Vampires ou Choisis ? ». Il ne m’en fallut pas plus pour acquérir le précieux canard. Le dossier de dix pages n’avait cependant que très peu d’informations intéressantes à dévoiler. On y parlait de quelques témoignages de vampirisme et l’auteur de rappeler que l’appellation Vampire était impropre. Ceux-ci étaient des Sang-Pur et naissaient ainsi, contrairement aux créatures dont il était question dans cet article. Les sang-purs ne semblaient plus présents sur la planète, à en croire les colonnes du mensuel. Enfin, il y avait une liste des quelques capacités supposées des suceurs de sang. Hormis l’immortalité (relative), cette race était insensible à la douleur, n’avait pas besoin de se nourrir autrement qu’avec du sang (animal ou humain) et possédait une force incroyable. Les légendes selon lesquelles l’ail, les crucifix et autres balles d’argent pouvaient les tuer étaient pures inventions, du folklore littéraire.
Ce fut donc en parcourant ces derniers paragraphes que l’idée de rejoindre leur communauté germa dans mon esprit pour la première fois. Et par une étrange synchronisation, au réveil le lendemain de ma lecture, encore avachi dans le canapé, dans lequel je dormais plus souvent que dans mon lit, je la vis, assise sur la table basse, entre une boîte de pizza et mon ordinateur portable. Un rai de lumière passait entre les volets mal fermés et ne l’éclairait qu’en partie. Ses yeux gris étaient braqués sur moi et son visage inexpressif ne parvenait pas à altérer sa beauté. Elle portait toujours ses rangers à la couleur criarde que recouvraient des guêtres blanches. Ses jambes fines se croisaient juste sous la limite de sa minijupe plissée.
— Je vois que tu insistes, lança-t-elle en désignant d’un geste le magazine posé près de moi.
J’acquiesçai pour toute réponse, à peine étonné qu’elle ait pu pénétrer mon appartement fermé à clef, et elle sourit. J’étais impressionné par sa simple présence. Il me fallait me donner une contenance car, sans aucun doute, j’avais l’air d’un ahuri. Je me levai donc et me dirigeai vers la cuisine en feignant ne pas lui prêter d’intérêt. Il faut bien avouer que ce fut une des idées les plus stupides qu’il me fut donné d’avoir.
Ce qui s’est passé ensuite reste, aujourd’hui encore, assez flou. Je sentis mes pieds décoller du sol et ma gorge prise dans un étau. Je perçus plusieurs douleurs dans les membres et ma tête frappa le mur en placoplâtre, assez fort pour y laisser une empreinte. Le temps de comprendre ce qu’il venait de m’arriver, je constatai qu’elle me tenait, d’une main, par la gorge à une dizaine de centimètres du sol, contre le mur opposé à la cuisine. Je clignai des yeux un instant, trop surpris pour tenter de me débattre. Elle me fixa quelques secondes en silence et me redescendit sur le sol, alors que je commençais à sérieusement manquer d’air.
— Tu veux savoir ce que ça fait ? susurra-t-elle. C’est ça ?
Elle s’humecta les lèvres, un geste sensuel qui aurait pu, dans d’autres circonstances, m’exciter. Mais elle enleva sa main de ma gorge et lança sa mâchoire à l’assaut de ma jugulaire. Tout le reste ne fut que douleur et j’oubliai bien vite sa sensualité. Je sentis, avec une précision chirurgicale, ses dents s’enfoncer dans ma chair. Je tentai de me débattre cette fois mais, d’un coup de poing qui me coupa le souffle, elle m’ôta toute force. Je savais pertinemment ce qui allait se passer, du moins le pensais-je. J’imaginais déjà mon sang s’échapper sous son aspiration.
La souffrance devint vite insupportable alors qu’elle restait immobile. Ses crocs dans mon cou, rien ne bougea pendant un moment interminable : elle savourait l’instant. Je sentais mon cœur battre à un rythme que je ne l’imaginais pas capable de tenir. Je cherchai l’air avec difficulté et mes yeux fous se lancèrent en quête d’une arme, quoi que ce fût, pour me défendre. Par réflexe, mes mains tentèrent de la repousser, mais chaque mouvement que j’entreprenais était lent et mou : mes forces m’avaient quitté. C’est à ce moment que j’eus la réponse à une des nombreuses questions que je me posais sur eux. Comment pouvaient-ils enfoncer leurs crocs dans une artère pour ensuite y aspirer le sang ?
La réponse fut d’une évidence qui me fit rire malgré la torture que j’endurais. Les belles morsures bien propres que nous voyons au cinéma ne sont pas du tout le reflet de la réalité. Lorsque cette si jolie femme aux goûts vestimentaires douteux se remit en mouvement, elle m’arracha une portion de peau à la base du cou. J’hurlai, le sourire aux lèvres, et découvris ce que le mot supplice signifiait réellement. Mes jambes me lâchèrent. Le poing de mon bourreau, toujours quelque part entre mon diaphragme et mon estomac, fut ma seule béquille. Je sentis une bonne quantité de sang couler de ma blessure et, de nouveau, les lèvres du vampire se coller à ma chair à vif pendant que ses crocs s’arrimaient dans un muscle quelconque. À ce moment seulement, elle commença la succion. C’est par le son caractéristique que je le compris car, au vrai, la douleur était au-delà du supportable et toute autre sensation devait être noyée. Par bonheur, le calvaire ne s’éternisa cependant pas. Quelques secondes plus tard, je perdis connaissance.

 

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 A dans deux jours !

 

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Episode 6

Se réveiller dans un lit qui n’est pas le sien, dans une chambre d’hôpital, et ne plus se souvenir pourquoi, est une sensation étrange. Je savais ce qu’était la gueule de bois. J’avais déjà eu la surprise de trouver une jeune femme sous mes draps en ouvrant les yeux, sans me souvenir l’y avoir invitée. Mais l’inquiétude est bien différente lorsque l’on reprend conscience dans un environnement médical. J’ai d’abord pensé à un accident de voiture tout en sachant que c’était impossible : je n’étais pas monté dans un quelconque véhicule depuis fort longtemps. L’infirmier qui s’affairait au-dessus de moi me tira de mes pensées.
— Vous reprenez vos esprits, monsieur, lança-t-il avec un charmant sourire comme si nous étions amis. C’est bien.
— Où suis-je ? demandais-je bêtement, sachant très bien que j’étais dans une clinique.
— Hôpital Tenon. Pouvez-vous me donner votre nom ? demanda-t-il alors que je prenais petit à petit conscience de mon propre corps et d’une vague douleur entre le cou et l’épaule.
— Sébastien Dequesnne, répondis-je sans la moindre hésitation.
— Et vous souvenez-vous de ce qui vous est arrivé ?
Je cherchai dans ma mémoire, sans pour autant parvenir à quoi que ce soit. Je bougeai mes doigts de pieds, inquiet. Ils répondirent, tout comme mes mains, je voyais correctement la lumière aveuglante du plafonnier, je prenais l’odeur caractéristique des hôpitaux. À part cette douleur diffuse au cou, je n’avais rien. Et pas plus de souvenirs.
— Ce n’est pas grave, reprit le docteur – puisque je remarquai son badge qui le précisait. Ça arrive assez fréquemment. Madame Dequesnne nous a expliqué ce qui s’est passé à votre arrivée, de toute façon.
Madame Dequesnne ? J’en avais manifestement oublié plus que je ne le croyais au départ.
— Sans elle vous seriez sûrement mort à l’heure qu’il est, vous pourrez la remercier chaudement, ajouta-t-il avec un clin d’œil. Tout le monde ne pense pas à mettre un clamp vasculaire dans sa trousse de secours.
— Coucou chéri, fit alors une voix féminine qui ne m’était pas totalement inconnue.
Son visage apparut soudain dans mon champ de vision et, comme un train lancé à pleine vitesse, le souvenir me frappa de plein fouet. Elle m’avait attaqué ! Vampirisé… et a priori, j’étais toujours vivant. Bien qu’allongé dans mon lit, je crus me sentir m’enfoncer dans un abîme sans fond et pas la moindre petite branche à laquelle me rattraper. Le médecin dut voir un changement à mon expression, car il fit un commentaire sur le fait que je retrouvais la mémoire. Mais je ne me souviens plus, peut-être même n’ai-je jamais compris, ce qu’il dit. Je me rappelle ensuite une explication abracadabrante sur la porte en verre d’un meuble de cuisine qui me serait tombée dessus, après que je l’ai ouverte un peu brutalement. Du grand n’importe quoi ! pensai-je, sans oser la contredire. Elle aurait pu nous tuer tous les deux. Le docteur semblait trouver son histoire crédible et, petit à petit, je reprenais pied dans la réalité. Suffisamment pour comprendre ce qui se disait.
— L’important est qu’il se nourrisse bien pour les jours à venir. Comme je vous le disais hier, nous avons pu recoudre tout ça proprement, le danger est derrière lui à présent.
— Et quand pourra-t-il rentrer ? demanda-t-elle.
— Nous allons le garder en observation encore vingt-quatre heures, histoire d’être prudent.
— Combien de temps suis-je resté inconscient ? demandai-je soudain.
— Trente-trois heures, répondit ma prétendue femme du tac au tac.
Le docteur dut faire un rapide calcul pour le confirmer, puis nous laissa nous retrouver, pour reprendre son expression. Je cherchai une raison pour le retenir, mais rien ne vint et il disparut derrière la porte. Le silence s’abattit sur la pièce. La télévision était allumée mais le son coupé, les fenêtres et la porte ne laissaient filtrer aucun son de l’extérieur. J’aurais presque pu entendre le goutte à goutte de ma perfusion. Elle était là, au garde-à-vous face à moi, à l’extrémité du lit, un sourire malin accroché au visage. J’étais terrorisé cette fois. Depuis que je m’étais remémoré la raison de ma présence ici, j’avais à l’esprit une seule et unique question.
— Non, me répondit-elle, comme lisant dans mes pensées.
Je ne sus quel sentiment éprouver entre soulagement et déception.
— Mais bientôt peut-être, si tu survis assez longtemps, ajouta-t-elle.
— Que veux-tu dire ?
— Ne t’occupe pas de ça, le médecin a dit que tu devais te reposer.
Elle prit le chemin de la sortie et se retourna juste avant d’attraper la poignée.
— Je me suis présentée en tant qu’Emilie Dequesnne, lâcha-t-elle souriante et belle comme jamais.
Puis elle disparut.
 

 

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Cette inconnue aux dents longues a donc un prénom à présent... 

 

A dans deux jours !

 

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Episode 7

La liste des choses qui peuvent changer en trois jours est assez impressionnante. Celle qui se faisait passer pour ma femme, et que je décidai d’appeler Emilie, sans vraiment savoir si c’était bien son prénom, avait réussi à me faire démissionner, avait résilié tous mes abonnements et déménagé mes affaires. Pour faire simple : elle avait purement et simplement effacé mon ancienne vie. Selon ses propres termes : je lui appartenais à présent.
Elle vint me chercher à l’hôpital le lendemain de mon réveil, comme une femme aimante qu’elle prétendait être. Et elle jouait son rôle à la perfection. Pourtant, lorsqu’elle se pencha vers moi pour m’embrasser, afin de donner le change, j’avoue avoir frôlé l’apoplexie. Le contact de ses lèvres sur les miennes me calma dans l’instant et je regrettai qu’elle ne s’attarde pas davantage. C’est lorsque je compris que le chemin que nous empruntions ne nous menait pas chez moi que je lui demandai des explications.
— Tu ne remettras pas les pieds chez toi, me répondit-elle.
Il va sans dire que je tentai de protester. En vain. Elle avait déjà fait le ménage dans ma vie et nous quittions Paris. Comme elle le dit elle-même, j’avais voulu savoir, je n’avais donc pas à me plaindre. Elle allait m’enseigner tout ce que je devais connaître des Choisis. Je notai qu’elle employait ce terme plutôt que Vampire. Je lui demandai pourquoi.
— Je t’ai choisi, lâcha-t-elle. Voilà pourquoi cette appellation.
L’explication était simple et elle ne s’éternisa pas davantage sur le sujet. En revanche, de mon côté, je fourmillais. Mille questions se bousculaient dans mon cerveau et une en particulier fit soudain surface. Nous étions en plein jour, le soleil, bien que peu puissant, brillait haut dans le ciel, et cela ne semblait pas la déranger outre mesure.
— Nous ne sommes pas si sensibles que ça aux ultraviolets, me répondit-elle en souriant.
Elle n’avait pas grand-chose à voir avec le stéréotype admis du Vampire. Sa peau n’était pas plus pâle que la moyenne, elle n’arborait pas de crocs qui lui sortaient de la bouche et ne s’habillait pas à la mode gothique. Elle portait des lunettes à verres fumés Ray Ban de type aviateur. Ses cheveux étaient coiffés en une queue de cheval, noués par un élastique Hello Kitty. Sa veste en jean s’ouvrait sur un chemisier, boutonné à partir du milieu, qui laissait entrevoir un grain de beauté sur son sein gauche.
— Oublie ça ! fit-elle, sévère, en me tirant de mes rêveries. Je ne suis pas là pour satisfaire tes fantasmes, quels qu’ils soient. (Dommage, pensai-je.) Devenir l’un des nôtres n’est pas une partie de plaisir. Et d’ailleurs, avant que tu ne nous rejoignes, tu devras survivre.
— Survivre ? sursautai-je malgré moi. À quoi ?
Pour toute réponse, elle se contenta de me sourire. Il y avait quelque chose dans son attitude qui me faisait tout oublier. La regarder suffisait à me rassasier. Comme une sorte de magnétisme, une grâce féline, quelque chose de surnaturel. Impossible à décrire. Quelque chose que je ne devais plus retrouver chez aucune femme connue par la suite, même chez ses semblables. Ainsi ne cherchai-je pas à en savoir plus. D’ailleurs, je ne pensais pas pouvoir endurer pire souffrance que le soir où elle m’avait pris mon sang pour la première fois. J’avais tort. Mais, j’y reviendrai.
Nous roulâmes une bonne partie de la journée et elle n’ouvrit que rarement la bouche. Était-ce dû à des restes de sédatif dans mes circuits, je dormis plusieurs heures d’affilée. Lorsque je repris conscience, nous sortions de l’autoroute du côté de Saint-Etienne. Nous fîmes halte dans une petite brasserie pour que je puisse me restaurer. Je fus surpris de la voir commander une bavette et des frites et elle dut, à nouveau, lire dans mon regard.
— Qu’est-ce qu’il y a encore ? souffla-t-elle.
— Je croyais que vous ne mangiez pas ?
— Tu ignores tout de nous, Sébastien. Les jeunes ne s’alimentent pas. Mais rien ne nous en empêche. En revanche, seul le sang nous nourrit, ajouta-t-elle en me tendant ses frites.
— Quel âge as-tu ?
Sa fourchette s’arrêta à mi-chemin de sa bouche encore ouverte et elle me sourit, avant de reprendre sa dégustation. J’attendis quelques secondes.
— Ignores-tu que ce sont là des choses qu’on ne demande pas à une dame ?
Malgré le souvenir douloureux de sa dernière attaque, je décidai de ne pas m’en laisser compter et affrontai son regard sans ciller.
— Peux-tu prétendre à ce titre ? fis-je dans un moment de bravoure inconsidéré, déclenchant un franc sourire chez elle.
— Je suis suffisamment ancienne pour avoir connu la vie sans l’invention de Graham Bell.
Je supposai que cette réponse était censée m’aiguiller, mais la seule chose que je compris fut qu’elle avait plus de cent ans. Je n’étais pas très doué en histoire…

 

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Qui peut dire de quand date l'invention de Graham Bell ? Et d'ailleurs, de quelle invention s'agit-il ?

 

Je profite de l'occasion pour vous informer que je serai ce samedi 16 mars en dédicaces au Cultura de Creil. Si vous êtes dans le coin et voulez venir discuter un peu...

 

A dans deux jours !

 

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Episode 8

Cauterets. Cette petite commune des Pyrénées allait nous héberger pendant près d’un mois. Quasi morte en cette période de l’année, la ville était un choix parfait pour Emilie. Sans rien m’annoncer, celle qui devait décider de mon avenir me laissa seul deux jours durant. Elle disparut le soir même de notre arrivée.
Désemparé dans un premier temps, j’ai d’abord pensé à une sorte d’épreuve dont le but m’échappait. J’appris plus tard qu’elle était en fait partie à la recherche de nourriture. Celle dont elle seule avait besoin. Lorsque je la questionnai sur le pourquoi d’une si longue absence, elle garda le silence. J’aimais son côté belle et mystérieuse, mais j’aurais apprécié un peu moins de secret, pour être honnête.
Par la suite, elle m’expliqua la nature des Vampires et des Choisis.
— Être Vampire est une maladie, commença-t-elle alors que nous marchions à pas vifs vers le lac. Une maladie génétique transmissible par le sang, le don d’organe ou, plus rarement, par rapport sexuel.
J’écoutai avec attention. Depuis près d’un an que je l’avais croisée, un morceau du voile se levait enfin sur la race la plus mythique que la Terre ait portée. Et je fus déçu par cette révélation. Une maladie ?
— Eh oui ! sourit-elle. Un Vampire n’a rien de l’âme damnée que nous vante la littérature depuis si longtemps. Je ne suis pas experte en la matière, mais il semble qu’une simple paire de gènes soit la cause de tous ces phénomènes : hypersensibilité à la lumière ultraviolette, régénérescence quasi infinie des tissus, force supérieure et dépendance absolue au sang.
— Et l’insensibilité ? demandai-je, me souvenant de mes lectures.
— Nous sommes normalement sensibles, au début du moins. Si tu deviens l’un des nôtres, tu t’en rendras compte. Nous autres sommes contaminés par un Vampire ou un de ses enfants. Nos capacités sont inférieures, semble-t-il, mais plus nous vieillissons et plus nous devenons forts.
— Vous êtes immortels ?
— Nenni ! Nous sommes difficiles à abattre, mais pas immortels pour autant. Nos organes se régénèrent facilement et la plupart nous sont plus ou moins inutiles. Seuls le cerveau, le cœur et les poumons sont vitaux. Pour quitter le monde des vivants, il nous faudrait donc nous défaire de l’un des trois.
Je n’en sus pas plus ce jour-là. Elle me traîna jusqu’à l’étendue d’eau et s’assit sur le rivage, le regard tourné vers le centre du lac, comme surveillant l’arrivée imminente d’un monstre marin. Elle resta ainsi deux heures durant, sans bouger. Impatient dans un premier temps, je jetai des cailloux, tentant de battre mon record de ricochets. Puis j’entamai le tour de la piscine naturelle. Après un peu moins d’une heure à marcher dans le calme, observant de temps en temps un petit bateau de pêche, je me décidai enfin à m’installer, tout comme elle. Pour autant, compter les vaguelettes n’avait rien d’attrayant et je me perdis dans la contemplation de la jeune centenaire à quelques mètres de moi. Avait-elle vieilli au ralenti pendant toutes ces années, ou était-elle restée telle qu’elle était à l’époque ?
— Nous ne vieillissons pas, me répondit-elle quand, après qu’elle eut repris vie, je lui posai la question. J’aurai toujours vingt-trois ans, ajouta-t-elle avec un sourire à tomber par terre.
Elle se leva, me tendit la main, et je la touchais sans peur pour la première fois. Sa peau n’était pas aussi douce que je l’espérais et sa poigne bien plus puissante que la mienne. Pourtant, ce premier contact resta gravé à tout jamais dans mon esprit comme un moment agréable.
Elle me lâcha cependant puis nous quittâmes le lac. Le soleil déclinait à l’horizon.

 

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Avez-vous trouvez la réponse à la question d'il y a deux jours ?

"Le téléphone est inventé en 1876 par Graham Bell", nous apprend le site cite-telecom.com. Vous le saviez, n'est-ce pas ? 

Un peu de culture ne fait de mal à personne. 

A dans deux jours !

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Episode 9

Un soir comme les autres, peut-être quatre ou cinq jours après notre arrivée au chalet, je la vis sortir de la salle de bain enveloppée dans une nuisette transparente. Les cheveux lâchés, une étincelle dans le regard et la démarche sûre, je sus tout de suite que ma morne soirée devant la télé, dans mon jean préféré – qu’elle avait récupéré avec quelques autres vêtements – allait être bouleversée. Je me redressai dans le canapé, probablement pour essayer de paraître plus fort que je ne l’étais. Je ne pensais pas l’avoir impressionnée, mais elle m’offrit un sourire que je lui rendis. Lorsqu’elle s’agenouilla sur le coussin près de moi, j’eus du mal à déglutir. J’avais, comme tout le monde, une vision plutôt violente des rapports sexuels entre vampires et humains où le sang coulait bien souvent autant que la sueur. J’eus le plus grand mal à dissimuler mes tremblements lorsqu’elle passa une main dans mes cheveux.
— Tu dois te détendre, Sébastien, me glissa-t-elle alors au creux de l’oreille.
Me détendre… Avec une créature aussi belle que dangereuse, à demi nue, dont le souffle chaud à la base de mon oreille – à quelques centimètres de la dernière expérience de corps à corps que nous avions partagée – me faisait fondre. Je fermai les yeux lorsqu’elle fit courir son doigt le long de la cicatrice encore enflée.
— Est-ce qu’elle te fait encore mal ? me demanda-t-elle dans le seul but d’entretenir ma peur, j’en étais persuadé.
Je secouai la tête en relevant les paupières et elle déposa sur ma blessure un délicat baiser. Je ne pus retenir un petit couinement et me mordis la lèvre de honte. J’aurais juré qu’elle souriait lorsqu’elle réitéra. Pendant ce temps, sa main vint caresser mon torse, en s’attardant au-dessus de mon cœur, rendu fou par cette expérience. J’étais à la fois excité comme rarement et en proie à une panique sans borne. Le souvenir de la douleur me tétanisait, tandis que ses lèvres sur ma peau me faisaient bouillir. À quarante ans passés, je réagissais comme un ado sur le point de se faire dépuceler. Je n’osai pas bouger : assis sur le canapé à fixer le téléviseur allumé, les jambes sagement alignées et les bras le long du corps. Un vrai gosse ! Je sentis quelque chose glisser le long de ma joue et je ne sais toujours pas, aujourd’hui, s’il s’agissait d’une larme ou desueur.
Elle continua à jouer avec mes nerfs pendant quelques minutes encore, passant sa main sous mon T-shirt, sa langue sur les contours de sa marque dans mon cou, et je crois avoir ronronné pour la première fois de ma vie. Son odeur, sans artifice, m’enivrait alors que j’étais perdu quelque part entre panique pure et délice. J’étais à sa merci.
C’est à partir de là que les choses ont commencé à devenir étranges. J’ai senti une coupure sur mon avant-bras gauche et ai tourné la tête pour voir de quoi il s’agissait. Emilie m’avait lacéré avec un scalpel. Une coupure nette et profonde mais assez courte. Plus que la douleur, la surprise me fit tirer mon bras. Elle jeta le scalpel – alors que le sang coulait déjà en quantité – et me regarda droit dans les yeux. Il n’y avait plus rien detendre ou d’amical dans ce regard.
— Si j’étais toi, fit-elle la voix étrange, je ne bougerais pas.
De nouveau, la terreur prit le pas sur le reste et je ne pipai mot lorsqu’elle se pencha pour porter mon bras à sa bouche. Je me contentai d’espérer ne pas trop souffrir. Malgré le sang qui dégoulinait, elle planta ses crocs autour de l’incision et cette fois, je geignis sans retenue. Ses canines n’avaient rien à voir avec le scalpel. Elles ne pénétrèrent pas ma peau avec autant de facilité. Une seule perça l’épiderme, je le sentis avec une étrange clarté. Les autres, en revanche n’eurent pas autant d’efficacité.
Chaque succion me provoqua une étrange sensation, dérangeante et douloureuse. Sans lâcher sa prise, elle se plaça à califourchon sur mes cuisses, engendrant denouvelles douleurs à la source de son nectar. Dans une position improbable, je me retrouvai avec ses seins sous le nez et sa main libre qui me caressait les cheveux. Je souffrais pour de bon, mais l’excitation semblait avoir un effet antalgique. Chaque aspiration me tirait une grimace, chaque gorgée lui provoquait une satisfaction jouissante et chacun de ses souffles satisfaits me donnait envie d’elle encore un peu plus. Las de mon inertie, je décidai alors timidement de prendre part à cette danse morbide et, de ma main libre, entamai une exploration de sa région lombaire. Le premier contact dut la surprendre et provoqua une cambrure qui propulsa ses mamelons sur mon visage au travers du large décolleté. Leur contact, doux et chaud, fit voler en éclats mes dernières réserves. Je saisis à pleine main son muscle fessier, qui me faisait fantasmer depuis si longtemps déjà, tout en couvrant sa tendre poitrine d’avides baisers. Supplice et plaisir se mêlèrent sans plus se bouder pour m’emporter plus haut quejamais auparavant aucune femme ne l’avait fait alors que j’étais encore habillé. Je la plaquai avec force contre moi pour m’enivrer d’elle et la sentis raffermir sa prise encore sur mon bras, tout en augmentant le rythme de ses aspirations. Son souffle se synchronisa à la succion et le mien devint brûlant et bruyant. Incapable de prendre les commandes de notre étreinte, j’entamai cependant des mouvements de bassin et en vint à oublier ce qui était réellement en train de se passer. J’oubliai mon sang qui me quittait à grande vitesse. J’oubliai la domination totale de cette femme immortelle sur mon être tout entier. J’oubliai même le danger de la situation. Lorsque, dans un râle bruyant, tous mes muscles se contractèrent, le plaisir s’échappa, laissant bien vite la souffrance reprendre l’avantage. Emilie s’arrêta, puis sans un regard à mon intention, banda ma plaie, si serrée que j’en grimaçai. Je ne sais d’où elle sortit ce matériel, mais elle me fit aussi un garrot sommaire avec un large élastique hospitalier. Elle retira délicatement ma main de sa fesse, ramassa le scalpel qu’elle déposa sur le meuble dela télévision, puis sortit du chalet, sans un mot.
Perdu quelque part entre le septième ciel et l’inconscience, je laissai des larmes perler. J’avais déjà entendu parler de ce phénomène, plutôt étrange, qui suit parfois l’orgasme mais ne pensais pas être de ceux à qui cela arrivait. Surtout dans ces conditions : j’étais encore tout habillé !
Après quelques minutes, lorsque mon esprit redevint quelque peu lucide, je me levai. Je devais me nettoyer et me défaire de mon pantalon souillé.

 

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La suite dans deux jours ^^

 

J'en profite pour glisser un petit erratum. Un lecteur m'a précisé par Facebook queGraham Bell n'était qu'un voleur d'idées. En effet, il semble qu'un certain Antonio Meucci, fut le véritable inventeur du "sound telegraph" (dix ans plus tôt à peu près) et que, pour une histoire de brevet, la partenité soit finalement revenue à Graham Bell.

Je renvoie le splus curieux d'entre vous vers cette page Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Antonio_Meucci  

 

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Episode 10

Ce n’est que le lendemain que je pris conscience de ce qui s’était passé sur ce canapé désormais taché de sang. La marque rouge bourgogne, me ramena des images désordonnées de notre simulacre et de mon honteux abandon. J’étais devenu sa chose et je détestais ça. Pas assez pour quitter les lieux et l’abandonner, mais suffisamment pour me jurer de ne plus perdre le contrôle de moi-même à nouveau.
Je voulais son pouvoir désormais. Après tout, ne l’avait-elle pas dit : elle m’avait choisi. Qu’elle me transforme alors !
J’ignorais quelle quantité de sang elle avait ingurgité, mais je me sentis faible les deux jours qui suivirent. Au matin, Emilie me fit un véritable pansement, avec soin. Elle m’expliqua qu’elle avait fait une incision profonde tout en évitant l’artère qu’elle ne savait réparer seule. La plaie cicatriserait donc sans traitement particulier. Nerveux, je tremblais encore à son contact et elle en sourit.
— Tu n’as pas à avoir honte, fit-elle en terminant son ouvrage. Vous réagissez tous comme ça. C’est un événement traumatisant pour un être humain normalement constitué.
Je n’osai répondre, encore blessé dans mon orgueil. Mais j’accusai le coup. Elle caressa mon bras et je crus sentir dans son regard une pointe de compassion.
— Quand vas-tu faire de moi un Vampire ? demandai-je alors.
— Un Choisi, corrigea-t-elle tout de suite, une fois de plus.
Elle me fixa un instant en silence. Dehors, j’entendais quelques passants revenant du marché sur la place.
— Je ne sais pas, répondit-elle enfin. Tu me plais bien. Vraiment, insista-t-elle. Une fois transformé, nous n’aurons plus la même relation, et j’ai peur que ça me manque un peu.
Elle se leva, fit quelques pas, puis m’invita à la suivre. Nous prîmes à nouveau le chemin du lac. Je profitai de la randonnée pour lui parler. Je ne voulais pas rester son jouet indéfiniment. J’appréciais sa présence et notre expérience de la veille, malgré son goût amer, avait eu sur moi un effet aphrodisiaque certain. Mais je ne voulais pas demeurer un larbin qui prendrait son pied en offrant son sang. Je voulais passer à l’étape suivante.
— Laisse donc les choses suivre leur cours, me répondit-elle sans émotion. Devenir un Choisi, ce n’est pas s’orienter vers un métier ou un passe-temps. C’est tout ton corps qui va se transformer, faisant de toi une bête. Un animal assoiffé de sang, pour qui tout semblable sera réduit à un repas potentiel. Tu souffriras pendant des jours, des semaines peut-être, si tu n’es pas bien préparé. À tel point que tu en appelleras la mort de toute ton âme.
— Et comment comptes-tu me préparer ? demandai-je en haussant le ton malgré moi, me désintéressant de ces histoires de bête et de souffrance.
— C’est ce que nous faisons en ce moment même. Nous rendons ton corps plus fort petit à petit. Tu t’habitues chaque jour un peu plus à l’inévitable solitude qui t’attend.
— Je ne serai pas seul, rétorquai-je. Tu seras là, n’est-ce pas ?
— Au début oui, je devrai faire ton éducation. Mais comme je te l’ai dit, nos relations vont changer. Les immortels ne sont pas des loups et ne vivent pas en meutes. Lorsque tu seras prêt, je te quitterai... pour de bon.
— Et hier, c’était quoi ? fis-je alors, en refusant l’éventualité d’une séparation entre nous. C’était pour mon entraînement aussi ?
— Nenni !
Elle marqua une pause, stoppa son pas que j’avais encore du mal à suivre et me fit face. Accroupie sur un petit rocher, son regard plongea dans le mien et je vacillai un instant, surpris, essoufflé et… charmé par ses yeux gris plein de malice.
— Lorsque je me frottais à toi hier, c’était pour mon plaisir personnel.
Je souris. Un peu gêné. Un peu fier. Elle descendit de son perchoir, vint se coller à moi et passa ses bras autour de mon cou, avec une lenteur exagérée. Je sentis sa poitrine se presser contre mon torse et son souffle dans mon oreille. Comme la veille, sa main se perdit dans ma chevelure et je me raidis.
— Tu me plais bien, reprit-elle à voix basse. Et je vois bien, depuis le début, que je suis ton genre de femme. Or un homme excité – tout comme une femme à vrai dire – voit son rythme cardiaque et son flux sanguin accélérer. Te prendre du sang dans ces conditions me réclame beaucoup moins d’efforts et me permet de me laisser aller au plaisir simple de boire à ta source. Notre proximité, reprit-elle après avoir frôlé mes lèvres avec les siennes, me donnant le vertige par la même occasion, ne me fait rien.
Délicatement, avec sensualité, elle passa la pointe de sa langue sur ma lèvre inférieure et fit demi-tour. Je sentis mes jambes faiblir et m’appuyai contre un arbre en la regardant s’éloigner. Cette femme était le diable. J’ignorais comment, mais elle m’avait rendu accro.
 


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Nous voici au quart du roman. J'espère que vous aussi êtes accro ?
Si c'est le cas, n'oubliez pas de partager le lien d'inscription auprès de vos amis ;)
 
Rendez-vous dans deux jours pour la suite.
 
#ChroniclesParMail

Episode 11

Le sujet n’avait toujours pas été abordé. Je décidai donc, après deux semaines avec elle, de poser la question qui occupait mes pensées depuis quelques jours déjà. J’étais attablé devant une entrecôte grillée, accompagnée d’une salade. Elle me regardait, assise sur le canapé tâché, en silence comme toujours.
— Comment ça va se passer ? lui demandai-je sans détour.
Elle se leva et vint s’asseoir sur le coin de table tout près de moi. Elle croisa ses jambes nues, à peine camouflées par une mini-jupe ample, juste sous mon nez. Je la soupçonnais de me torturer à dessein lorsqu’elle faisait ça. Pour me donner une contenance, je fourrai une portion de viande dans ma bouche et la fixai dans les yeux.
— Ça sera douloureux, déclara-t-elle avec un sourire qui me fit frissonner. Le plus sûr moyen de réussir la contamination est l’échange de sang. Une transfusion, si tu préfères. Pour une fois, la seule, je te donnerai mon sang. Il en faut beaucoup pour queça fonctionne et comme il est hors de question d’aller dans un hôpital…
— Et concrètement, on fait comment ? l’interrompis-je lorsque le souvenir de ma première morsure vint frapper à la porte de ma conscience.
— Il y a deux écoles pour ça, reprit-elle en se remettant sur ses pieds et commençant à tourner autour de moi. Certains aiment faire ça proprement, si je puis dire. Ils utilisent seringues et tuyaux. Le nouveau Choisi se retrouve ainsi contaminé, mais toujours humain. C’est en quelque sorte un porteur sain. Il ne deviendra réellement un des nôtres qu’à sa mort. Lorsqu’il revient à la vie, on dit qu’il connait l’éveil et le tout se passe sans trop de souffrance. Mais je n’appartiens pas à cette population de progressistes New Wave.
— Je m’en serais douté, fis-je alors à voix basse, déclenchant un sourire mauvais chez elle.
— Avec l’ancienne méthode, il n’y a pas de phase intermédiaire. Tu passes d’humain à Choisi… ou de vie à trépas. Mais c’est immédiat. Le principe est de t’ouvrir et de verser mon sang dans ton corps. La contamination précède la mort. Si la transformation réussit, alors tu ressusciteras.
— Et toi ? demandai-je naïvement, après un instant de silence.
— Je ne perdrai pas tout mon sang, si c’est ce que tu demandes. (J’acquiesçai.) Non, c’est une opération fatigante mais peu dangereuse pour un immortel. Le seul qui risque sa vie ici, c’est toi.
En d’autres termes, résumai-je en moi-même, j’avais le choix entre vivre pour toujours ou mourir. Je supposai que maintenant qu’elle avait décidé de me faire rejoindre son monde, je n’avais d’autre alternative. Je comprenais du même coup cette histoire depréparation. Pour affronter un tel traumatisme, mon corps devait être en pleine forme. Les longues marches à vive allure dans les montagnes de moyenne altitude avaient un but, en fin de compte. Si je fabriquais plus de sang, j’avais une chance supplémentaire de survivre.

Dans l’après-midi, alors que nous marchions de nouveau vers le lac, Emilie s’arrêta et s’éloigna du sentier. D’abord un peu surpris, je décidai de la suivre. Elle se déplaçait avec aisance malgré le terrain accidenté et le nombre d’arbres en tous genres. Il me fallut courir pour la garder dans mon champ de vision. Après une poursuite de plusieurs longues minutes, je la perdis et errai dans la forêt, sans repère. J’imaginai qu’il s’agissait d’une épreuve de mon entraînement et ne cédai pas à la panique, le soleil était encore haut dans le ciel. Je tentai de distinguer un bruit caractéristique dans le fond sonore, peuplé d’oiseaux et de frottements de branches, mais rien ne put m’aider à repérer la fuyarde. Il dut bien se passer une demi-heure lorsque je fus brusquement plaqué contre un large tronc. Ses deux mains sur mon torse, elle souriait, tel un enfant qui venait desurprendre un ami. Le cœur à l’arrêt, je tentai de lui rendre son sourire, mais lorsque je compris ce qui allait se passer, je frémis malgré moi.
Quitte à lui servir de calice, je décidai d’y prendre moi aussi du plaisir. Je lus, avec satisfaction, la surprise dans son regard lorsque je fis sauter les pressions de son chemisier. En réponse, et avec une force que je ne l’avais vue démontrer qu’une fois, elle déchira mon T-shirt et planta un scalpel, que je ne l’avais pas vue sortir, dans mon épaule droite. J’hurlai, portant la main à ma nouvelle blessure. Elle extirpa son arme et une giclée de sang s’échappa en m’arrachant un nouveau cri, à peine contenu. Dans un moment de calme, que je savais précéder la tempête, elle caressa doucement le contour de ma plaie d’où suintait le liquide qui la rendait aussi folle que je l’étais de son corps. Elle passa sa langue sur la coulée, depuis mes côtes jusqu’à la blessure, déclenchant un tremblement incontrôlable de mes jambes. Je soufflai pour juguler cette excitation mêlée de douleur qui courait dans mes veines. Je l’empoignai alors des deux mains, faisant fi de l’élancement dans mon épaule, et la projetai, moi avec, dos contre la terre, les branches mortes et les cailloux sur le sol. Rien ne m’arrêterait plus, décidai-je. Elle aurait mon sang, mais j’aurais aussi ma part du gâteau.
Et contre toute attente, elle me laissa faire et se prêta au jeu avec enthousiasme. Ainsi me retrouvai-je dans les bois, à faire l’amour à un Vampire qui, les lèvres collées à mon épaule, puisait ma sève. Ce fut violent. Elle me mordit à plusieurs reprises comme je me démenais dans mes va-et-vient. Mon sang lui barbouilla bientôt le visage et mon épaule fut couverte de traces de morsures. La torture de ses crocs dans ma chair se confondit avec le plaisir de mon être dans le sien et j’atteignis l’orgasme bien avant qu’elle en ait fini avec moi. Pourtant, contrairement à la fois précédente, elle ne me repoussa ni ne me quitta précipitamment. J’eus le droit à un moment de calme, profitant simplement du moment que nous partagions, l’un contre l’autre. Pour la seule et unique fois, je crois.

 

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Pensez-vous que ce couple a la moindre chance de durer dans le temps ?

 

A dans deux jours ^^

 

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Episode 12

— Il y a des règles ? m’offusquai-je. Les Vampires ne sont-ils pas les dieux de la nuit ? Supérieurs aux humains en toute chose ?
— Les Choisis, corrigea-t-elle, le sourire aux lèvres.
Nous étions assis au bord du lac de Gaube. Nom stupide puisque, tout comme le mont Fujiyama signifie mot pour mot « le mont de la montagne Fuji », le toponyme de cette étendue signifie, si l’on prend la traduction gasconne, « le lac du lac », et en devient, pour le moins, ridicule.
Emilie venait de m’annoncer, alors que les premières gouttes d’une averse s’écrasaient sur le sol, que la vie d’un suceur de sang était dictée par des lois. Il y avait une hiérarchie à respecter. Nul flic aux dents longues ne viendrait pour autant me passer les menottes. Si je ne tenais pas compte des édits des anciens, c’était la mort qui m’attendait, purement et simplement. Un conseil d’une dizaine de membres avait, pendant des siècles, veillé au grain, mais les choses semblaient être en mouvement.
— Nemesis, la Vampire la plus âgée que nous connaissions, présidait ce conseil. C’était notre chef…
— Une Choisie tu veux dire ? fis-je pour la taquiner un peu.
— Non. C’est un Sang-Pur, fit-elle avec froideur.
— Je croyais qu’il n’y avait plus de vrais Vampires sur Terre ?
— Une fois de plus, tes lectures t’ont spolié. Il en existe un nombre limité. J’ignore combien en revanche. Il y a quelques mois, un combat a éclaté entre Nemesis, une inconnue nommée Venus et un certain Asbjörn (aussi vieux que Nemesis, à quelque chose près). Tous sont des sang-purs. Le combat, si bref fut-il, a mis au jour des Vampires qui vivaient dans l’ombre jusqu’à présent. De cet affrontement, une nouvelle Caste est née et la confusion règne en ce moment au sein de notre société.
— Pourquoi ?
— Nous avions un seul chef depuis plus de deux siècles. Avec cette nouvelle Caste, les règles vont évoluer, tout pourrait se compliquer. Selon la Caste de Nemesis, il est interdit de se montrer en public, de laisser une quelconque trace de notre existence ou decommettre des massacres. La règle d’or est l’invisibilité. Pour Asbjörn, qui est un conservateur pur et dur, la seule loi en vigueur est la soumission. Tous les membres desa Caste lui doivent obéissance, point.
Elle marqua un temps d’arrêt. J’essayai de faire le bilan de toutes ces informations, malgré la pluie qui tombait drue à présent. Il y avait donc deux camps qui s’opposaient chez les immortels.
— À qui appartiens-tu ? demandai-je alors, inquiet de savoir à qui j’allais, à mon tour, prêter allégeance.
— Je ne suis pas un jouet ! s’offusqua-t-elle. Je n’appartiens à personne. Mais mon Sire répond de moi et lui-même est sous la gouvernance de la Caste de Nemesis.
— Ton Sire ?
J’ouvrai de grands yeux malgré moi et elle pouffa en découvrant mon air. Elle se leva, fit volte-face et attendit que je prenne sa suite.
— Mon Sire, oui, reprit-elle quand je me tins debout à son côté, avant de prendre le chemin du retour. Tu as de nombreuses, très nombreuses choses à apprendre encore, Sébastien. Le Sire d’un Choisi est son créateur… Je serai bientôt le tien.
— Quand ?
— Bientôt…

 

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Et pour les curieux, voici le fameux lac de Gaube que vous pouvez retrouver sur GoogleMaps.

 

Crédit photo : M. Jong sur Google Maps

 

 
 

A dans deux jours pour la suite !

 

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Episode 13

Ma transformation. J’avais patienté pendant un mois. Quatre semaines d’effacement quasi total, dans un chalet que je ne quittais que pour m’isoler davantage au bord d’un lac. Trente jours à subir des prélèvements sanguins réguliers et pas toujours agréables. Sept cent vingt heures en compagnie d’une femme qui me faisait autant fantasmer quefrémir.
Lorsque, à cause de la douleur, je me réveillai en sursaut, au beau milieu de la nuit, je ne sus pourquoi j’hurlais : la joie de devenir enfin Choisi ou l’atroce souffrance de sentir mes entrailles à l’air.
Une petite ampoule, à l’autre bout de la chambre, éclairait tout juste le lieu. L’ombre menaçante de mon Sire se découpait sur le mur, au-dessus de ma tête. J’en détachai mon regard pour le porter sur elle, un large couteau à la main, finissant de m’ouvrir le bide. Toutes les douleurs que j’avais ressenties jusque-là n’étaient rien en comparaison. Elle m’avait attaché les pieds et les mains, mais je me débattais de toutes mes forces. Je ne voyais que la mort au bout du chemin et cela me terrorisait. Elle passa une main dégoulinante de mon propre sang mais affectueuse sur mon front. Elle approcha son visage, déposa un baiser sur ma joue et me chuchota :
— Chhht ! Essaie de te contenir, futur Choisi. Les voisins vont tous débarquer sinon.
Je sentais de façon précise le sang qui coulait de mon abdomen et se répandait sur le drap. La douleur diminua après qu’elle eut retiré la lame de mes chairs. Je me forçai à respirer profondément et, comme pour m’encourager, elle m’embrassa avec tendresse. Ce fut la seule et unique fois qu’elle eut un véritable geste tendre et gratuit à mon égard. Lorsqu’elle s’éloigna de moi, je la vis reprendre le couteau qu’elle avait déposé et tous mes muscles se contractèrent. Elle tendit son bras gauche au-dessus de mon ventre et l’entailla profondément à plusieurs reprises en grimaçant. Je ne sentis pas, dans un premier temps, son sang qui se déversait en quantité sur moi. Puis, petit à petit, une brûlure m’étreignit les entrailles. Comme un acide qui se frayait un chemin entre mes organes, la douleur s’intensifia de nouveau. Je retenais mon souffle, haletais, soufflais comme un bœuf, rien n’y fit : je ne pus contenir un nouveau hurlement. Je compris pourquoi elle n’avait pas allumé la lumière quand, malgré moi, je relevai la tête pour observer ma blessure. Dans la pénombre, je ne vis presque rien et j’en fus ravi.
Était-ce pour m’achever ou, au contraire, profiter de la décharge d’adrénaline que je venais de recevoir ; elle plongea sa main dans la plaie béante, et je ne pus plus respirer. Il y avait une main à l’intérieur de mon abdomen, grand ouvert ! La bave et le cœur au bord des lèvres, je lui lançai un regard désespéré. Comment pourrais-je survivre à pareil traitement ? Mon cœur venait de battre le record de battements par seconde et chaque pulsation était un supplice : je faisais une crise cardiaque. Et elle souriait ! Je la haïs en retour.
Inutile de vous dire qu’en plus de la torture, l’épouvante à l’état brut avait fait son apparition. Et si je ne me réveillais ? Si j’étais en train de vivre mes derniers instants sur Terre ? L’avant-bras d’une femme souriante plongé entre mon foie et mon estomac. Était-ce ça l’ironie ? Je vomis. J’aurais voulu avoir la présence d’esprit de diriger mon jet vers elle, me venger avant de quitter ce monde ingrat. À la place, je souillai le drap plein de sang et de sueur. J’allais mourir dans des draps sales. Cette pensée, sortie de nulle part, me fit sourire… une seconde. Juste avant une douleur plus forte encore dans le cœur. Une crampe cardiaque. Au même instant, mes poumons se vidèrent comme après un violent coup de poing dans le ventre. La lumière perdit un peu en intensité et je braquai mes yeux sur les siens. Je la maudissais, mais je ne voulais pas la quitter. En une fraction de seconde, la douleur s’évanouit. Je perdis l’ouïe et l’odorat presque en même temps. La dernière image, floue, que j’eus, fut son visage souriant… mais inquiet.

 

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A dans deux jours pour la suite !

 

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Episode 14

Je me réveillai en sursaut en plein milieu de la nuit. Trempé de sueur, le cœur battant avec force, j’avais un étrange élancement dans chaque fibre de mon corps. Mon premier réflexe fut de vérifier mon ventre : je n’étais pas blessé. J’avais fait un cauchemar. Le plus horrible de toute ma vie, sans aucun doute. Si devenir un Choisi ressemblait à ça, je renonçais sur-le-champ ! Les draps étaient moites tant j’avais transpiré dans mon sommeil. Je me laissai retomber en arrière. La douleur s’atténua petit à petit, j’avais dû me crisper de tous mes muscles, convaincu de la réalité de mon sort. Il me serait à présent, j’en étais persuadé, impossible de me rendormir. Quel rêve horrible, me dis-je en m’extirpant du lit.
Malgré mon état de conscience avancé, ma vision était trouble et je me frottai les yeux un instant tout en avançant, nu, vers la pièce principale. Je savais qu’Emilie ne dormait jamais ou presque, aussi m’attendis-je à l’y trouver. Personne. Tendant l’oreille, j’essayai de la repérer. Un léger goutte-à-goutte dans la salle de bain, atténué par la porte fermée ; un oiseau, ou un petit animal, gambadait sur la toiture ; un souffle léger balançait les branches du sapin de l’autre côté de la rue ; et dans le chalet d’en face on tira la chasse d’eau. J’entendais à la perfection ! C’était une drôle de sensation, ma vue était trouble, mais je percevais des sons à une cinquantaine de mètres malgré les murs. Amusé, je tentai de me concentrer et cherchai à savoir jusqu’où portait mon ouïe, lorsque la douleur de mon réveil refit surface. Comme un millier de lames, parfaitement synchronisées, qui s’enfonçaient dans mes chairs en même temps. Je retins un cri et m’agrippai à la table pour ne pas chuter. Une étrange sensation se développa dans mon crâne. En plus de ce mystérieux mal qui m’ôtait toute force, un bourdonnement sourd, couplé à un picotement à l’arrière de la tête m’assaillit. Quelques secondes plus tard, la porte d’entrée s’ouvrit sur Emilie. Elle souriait. J’avais mal. Je m’effondrai sur la table.
Je repris conscience allongé sur le canapé, un pantalon de jogging pour seul vêtement. La douleur était là, faible mais présente. Et le bourdonnement aussi. Mes yeux étaient de nouveau opérationnels, mais je ne voyais pas ma pseudo-femme
— Tu n’aurais pas dû te lever, fit-elle dans mon angle mort. Economise tes forces, tu vas en avoir besoin.
— Pourquoi ?
— Les premières soixante-douze heures sont les plus douloureuses.
— Tu veux dire…
Je me redressai ! Je la cherchai du regard, oubliant un instant mes brûlures internes. Elle était debout près de la fenêtre et se tourna vers moi. Elle souriait. Malgré la pénombre et la distance, je découvris une petite ride au coin de son œil. Pourquoi avais-je focalisé sur ce point précis de son visage, je ne le saurais jamais. Elle acquiesça en silence et je me rallongeai sur les coussins, épuisé et nauséeux.
Je n’avais pas rêvé. Cette souffrance insoutenable et ma mort… j’étais mort !
J’étais donc un Vampire. Un Choisi plutôt. Emilie allait pouvoir répondre au millier dequestions auxquelles elle avait jusqu’à présent opposé un silence frustrant. Les secrets des immortels ne devaient être partagés qu’entre eux, avaient-elle répondu à chaque fois. Entre nous, maintenant. Les lames dans mon corps se remirent en mouvement et je poussai un nouveau cri avant de me perdre à nouveau dans les limbes del’inconscience.

 

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Sébastien est donc un homme nouveau ?

La suite, dans deux jours :)

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Episode 15

Ce cirque dura encore tout le jour et une bonne partie de la nuit suivante. Je reprenais un semblant de conscience, lucide et capable de ressentir chaque fibre enflammée demon corps. La plupart du temps pendant une dizaine de minutes, puis je sombrais, sans prévenir, à nouveau. À part lors de mon premier réveil, Emilie fut présente à chaque fois, souriante et plus belle que jamais.
J’avais profité d’un moment de conscience pour observer mon ventre avec attention. Non seulement je n’avais pas une seule trace du gouffre qu’avait pratiqué Emilie dans mon abdomen, mais ma peau était dans un meilleur état qu’avant. Du moins en eus-je l’impression. Après vérification, la cicatrice sur mon cou était toujours là mais pas celle, plus récente, de mon épaule.
Dans l’après-midi du deuxième jour, je restai enfin éveillé plus longtemps. Je sentais toujours le bourdonnement dans mon cerveau et un léger fourmillement dans le reste demon corps, mais tout ceci devint enfin supportable. Mon tout nouveau Sire me lança un regard amusé avant de me demander comment je me sentais.
— Mieux, répondis-je. Mais pas terrible, j’ai envie de vomir.
— C’est bon signe, fit-elle.
Elle me laissa affalé dans mon lit et sortit un instant de la chambre en m’ordonnant dene pas bouger. Cela ne faisait de toute façon pas partie de mes plans.
— Je sais que tu vas avoir des questions à me poser, fit-elle de l’autre côté de la porte entrouverte. Mais pour l’instant…
Elle reparut dans l’encadrement de la porte et brandit une bouteille de verre sans pour autant s’avancer plus. Les rideaux étaient tirés et la nuit bien avancée, aucune lumière n’était allumée et j’y voyais pourtant assez bien. Pas comme en plein jour, mais suffisamment pour distinguer le petit dragon chinois sur sa chemise de soie rose. Je voulus la détailler plus avant, comme j’aimais tant le faire, mais quelque chose m’arrêta et accapara toute mon attention. Pendant les deux ou trois premières secondes, je nesus même pas lequel de mes sens était entré en alerte. Je vis en revanche un sourire naître sur les lèvres d’Emilie. Puis, je compris que c’était une odeur qui avait interrompu le fil de mes pensées. Légèrement âcre, avec une note de cœur plus douce, voluptueuse, elle s’engouffra dans mes narines et rien n’eut plus la moindre importance alors. Le fourmillement s’intensifia largement, alors que la nausée s’évaporait. Mon cœur accéléra et, malgré moi, je salivai.
— Tout a l’air de fonctionner parfaitement chez toi, mon petit Choisi, lança-t-elle d’un ton doucereux en s’avançant vers moi. Voyons à présent, comment va l’appétit.
Je ne compris vraiment ce qu’il se passait que lorsqu’elle fut assez proche pour que je distingue le contenu de la bouteille, rouge et épais : du sang ! Je la saisis avidement et la portai à mes lèvres, sous le regard excité de celle qui avait donné un sens à ma vie.
Je m’attendais à un effet puissant, après avoir vécu les prélèvements d’Emilie qui semblait entrer en transe à chaque fois. Mais je n’aurais jamais pu, ne serait-ce qu’effleurer, cette sensation qui m’étreignit lorsque les premières gouttes glissèrent dans ma bouche.
Le premier contact me brûla la langue, de la même façon que le sang d’Emilie dans mes entrailles. Mais très vite, le liquide passa dans ma gorge, s’insinuant au cœur de chaque parcelle de mes muqueuses et, à mesure de sa progression, les fourmillements disparurent. D’abord au niveau du cou, puis le torse, les bras et le reste du corps. Je respirais mieux d’un coup, l’air me parut plus fluide. À la deuxième gorgée, j’eus l’impression très nette que les fibres de mes muscles se gonflaient du sang que je buvais. Les quelques sons qui arrivaient à mes oreilles se firent plus nets, je sentis mes poils se dresser un peu partout sur moi et une vague de plaisir me submerger. Mon cœur battait fort mais à un rythme posé. J’accélérai ma descente pour donner à mon corps ce dont il avait besoin. Car il n’y avait aucun doute là-dessus : mon organisme réclamait cette boisson à cor et à cri. Même à la fin, lorsque le flacon fut vidé, je ressentais encore le fluide se répandre dans mon être. Il est difficile de trouver les mots pour décrire ce qui s’est produit avec précision, mais lorsque je me détendis enfin, je me sentais plus fort, gonflé à bloc, plein d’énergie. J’entendais mieux, je voyais mieux. En revanche mon odorat était encore dans les vapeurs du sang qui s’échappait de la bouteille sur le lit.
— Bienvenue parmi les Choisis, entendis-je alors.
Je tournai la tête et remarquai sa présence, que j’avais occultée. Elle caressa ma joue avec douceur et, contrairement à ce qui était devenu une habitude, je ne tremblai pas. Sa peau me sembla en revanche bien plus rêche, et plus chaude aussi. Lorsqu’elle retira sa main, je vis briller quelque chose au fond de ses yeux gris. Elle attrapa la bouteille, fit quelques pas avant de se tourner vers moi.
— Ne reste pas là, fit-elle rieuse. Allons faire un tour avant le lever du jour.

 

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Episode 16

La nuit. Le domaine exclusif des Vampires, si l’on s’en réfère à la littérature fantastique. Et même si nous, les Choisis, pouvons vivre en plein jour, il n’y a que là que nous nous sentons puissants. En sortant du chalet, je découvris un nouvel univers, sombre mais d’une étrange limpidité. Encore une fois, trouver les mots justes pour décrire des sensations qui n’ont pas d’équivalent dans la gamme du ressenti humain n’est pas évident. Je pouvais voir de faibles rais de lumière en provenance de la plupart des étoiles. Elles étaient d’ailleurs bien plus nombreuses que ce que j’avais eu l’habitude devoir à Cauterets. La lune, quant à elle, semblait aussi brillante que le soleil, mais renvoyait un halo bleuté. Les arbres, bien qu’inchangés, semblaient plus majestueux que jamais avec leurs épines rendues phosphorescentes par la lueur de l’astre de la nuit. J’en eus le souffle coupé et, une fois de plus, Emilie sourit en découvrant mon faciès émerveillé. Elle me proposa une balade dans la forêt et, pour la première fois, la suivre ne fut pas un problème. Je progressais avec la même aisance qu’elle et neressentis aucune fatigue musculaire. Mon souffle resta régulier : j’étais comme elle !
Ou presque, car après vingt minutes de cette course dans les bois, mon corps se révolta sans crier gare et les douleurs revinrent à l’assaut. Je crus de nouveau faire une crise cardiaque, ma vue se troubla d’un coup et ma bouche s’assécha. Totalement paniqué, je m’arrêtai pour tenter de retrouver mes esprits. Mon Sire apparut alors dans mon champ de vision et me montra le village à quelques pas. Je n’avais même pas remarqué quenous avions tourné en rond. Nous étions revenus au point de départ et à moins de cent mètres de la maison.
— Courage, mon apprenti, fit-elle la voix douce. Nous y sommes presque.
Elle avait beau avoir ce ton affectueux, je ne pus m’empêcher de sentir une pointe demoquerie. Elle partit devant et me laissa finir le trajet seul. Jamais marcher ne m’avait semblé si difficile. Je me retenais contre les murs des maisons, les poteaux, les arbres, tout était bon. Je n’ai pas calculé, mais je dus bien prendre dix minutes pour faire ces cent mètres. Lorsque je passai la porte, enfin, elle était dans le salon, une bouteille à la main et je compris que j’étais déjà en manque. J’eus tout juste la force de prendre le précieux flacon et de le porter à mes lèvres. Comme la dernière fois, la première goutte me revigora dans l’instant. En quelques secondes, je sifflai le contenu et retrouvai mes sensations.
— Ça va mieux ?
J’acquiesçai et posai la bouteille sur le coin de la table avant de m’affaler sur le canapé. Je me sentais las.
— Je vais encore m’endormir comme une merde ? demandai-je alors qu’elle me tournait le dos, observant la rue déserte derrière les rideaux.
— Oui. Ton corps s’habitue petit à petit. Il a besoin de se reposer pour se remettre decette transformation.
— Il me faudra descendre un litre de sang toutes les heures pendant longtemps ?
Je ne l’avais jamais vue utiliser ces récipients, ni même s’alimenter si souvent, aussi pensai-je que ça ne durerait pas.
— Je ne sais pas. Peut-être deux jours. Tout ceci dépend de chaque individu.
Elle se tourna vers moi et me fixa un instant. Mes paupières se fermèrent une seconde… ou peut-être dix. Elle souriait quand je les relevai. Ai-je déjà dit comme je la trouvais belle ? Ses yeux gris rieurs, sa peau rendue moins douce par ma transformation mais chaude à présent, sa si étrange façon de s’habiller, tout en elle m’attirait.
— Résiste encore une minute le temps que je te parle d’une chose.
Sa voix me tira de ma léthargie et je me redressai pour lui prêter le maximum d’attention dont j’étais capable.
— Tu dois ressentir quelque chose d’étrange dans ta tête. Je ne peux pas te dire quoi exactement. Chez moi ça ressemble à un chatouillis derrière l’oreille, fit-elle en désignant son lobe droit de la main. Chez mon Sire, c’est une petite piqûre au front. Nous ne le ressentons pas tous de la même façon, mais chacun d’entre nous expérimente cette étrange sensation. C’est un avertissement.
— Pour quoi ? demandai-je en luttant pour rester conscient le temps qu’elle réponde.
— Pour nous prévenir qu’un autre Choisi est dans les parages… Quand tu te réveilleras, il se peut que je ne sois pas là. Tu n’auras plus cette alerte. Mais quand elle sonnera denouveau, rien ne te garantit que ce sera à cause de moi. Tu me comprends ?
Je comprenais en effet, mais je n’eus que la force de lui faire un signe de tête avant desombrer.

 

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Déjà 16 épisodes ! Ca fait un mois que nous sommes ensemble. J'espère que ça vous plaît. N'hésitez pas à me donner votre avis sur les réseaux sociaux  avec le hashtag #ChroniclesParMail ;)

 

A dans deux jours !

 

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Episode 17

Lorsque je rouvris les yeux c’était le crépuscule. J’avais de nouveau passé la journée à dormir. Tout ce que j’avais lu n’était pas faux finalement.
Je cherchai Emilie des yeux et ne la vis pas. Mon esprit sortit vite du brouillard et je notai l’absence de ce bourdonnement dans mon crâne tout en me souvenant des derniers mots de mon Sire : j’étais seul.
Je constatai par la même occasion que j’étais alerte. Avant, chaque réveil était une lutte pour que mon cerveau daigne sortir des limbes et que mon corps commence à réagir. Mais depuis ma transformation, j’étais opérationnel en quelques secondes. Mes sens, bien plus aiguisés, répondaient au quart de tour. J’adorais ça ! Les douleurs dans tous mes muscles, bien que supportables, étaient bien là elles aussi. Je n’avais en revanche pas de nausées, le temps d’ingurgiter ma ration n’était donc pas encore venu. J’ignorais d’ailleurs où elle rangeait ces fameuses bouteilles de sang. Était-il de provenance humaine ? Quelle importance ? J’en avais de toute façon besoin pour vivre. Et bientôt, j’en prélèverais à même la source. J’étais un suceur de sang après tout.
C’est à ce moment que pour la première fois je réalisai que pour se faire, il me faudrait des crocs. Je passai donc le bout de la langue sur mes dents, afin de vérifier si elles avaient poussé. À ma grande surprise, je n’eus aucune confirmation. J’avais bel et bien mal aux dents, mais je souffrais de tant d’endroits que celui-ci n’avait pas attiré mon attention plus qu’un autre. Je passai ensuite mon doigt et crus sentir une excroissance. Dans le doute, je rejoignis la salle de bain. J’ouvris la bouche devant la glace alors quele bourdonnement me reprenait. Je jubilai intérieurement en découvrant mes quatre canines. Elles n’avaient rien à voir avec les dents immenses que l’on voit dans les magasins de farces et attrapes. Elles avaient tout juste pris deux petits millimètres. Presque rien. Mais les crocs d’Emilie n’étaient pas beaucoup plus longs, en réalité. Ni plus pointus.
— Oui, tu es des nôtres, me lança Emilie en me découvrant la bouche ouverte, face au miroir.
— Est-ce qu’ils vont encore pousser ? demandai-je en sortant pour rejoindre mon canapé.
— Vous les mecs, souffla-t-elle. Toujours une question de taille, hein ? Rassure-toi, tu devrais prendre encore au moins un millimètre. Mais ne rêve pas, tu n’auras pas le dentier de Dracula. Tu serais d’ailleurs bien embêté pour fermer la bouche.
Elle passa côté cuisine et se prépara une entrecôte sans m’en proposer. Je n’avais pas faim, il est vrai mais, par taquinerie, je lui en fis la remarque.
— Tu oublies que tu es un Choisi dorénavant. La nourriture autre que le sang n’est pas faite pour toi.
— Pourquoi y aurais-tu droit et pas moi ?
— Je te l’ai déjà dit, fit-elle en balançant son morceau de viande dans la poêle chaude. Les jeunes Choisis ne mangent pas.
— C’est une des règles ?
— Nenni. Les récents ne supportent pas la nourriture. Tout ce que tu pourrais ingurgiter ressortirait presque aussitôt… si tu vois ce que je veux dire.
— Comment ça se fait ?
— Je l’ignore. C’est comme ça, c’est tout. Avec l’âge, tu pourras reprendre la nourriture, si tu le souhaites.
— Quand je serais un vieux Choisi tu veux dire ?
— C’est cela, fit-elle d’un ton moqueur.
— Et quand devient-on un vieux ? À quel âge ?
La pièce s’emplissait d’une odeur de viande cuite qui me donna des sueurs froides. Emilie semblait s’en amuser.
— Les Choisis se classent, grossièrement, en trois catégories : les récents, qui ont moins de dix ans ; les vieux, ceux-là sont plus difficile à définir, mais je n’ai jamais entendu qu’on nomme ainsi une personne de moins de deux ou trois cents ans. Chacun évolue à son rythme. Demain, tu pourrais très bien être capable de manger une entrecôte de chamois… Ou peut-être dans cent ans, voire jamais.
— Ça ne fait que deux catégories et non trois !
— Ceux du milieu n’ont pas d’appellation.
— Évidemment. Et toi ?
— Quoi ?
— Quelle catégorie ? grimaçai-je.
— Je suis une vieille, sourit-elle.
Ma mâchoire resta ballante. Elle avait donc plus deux cents ans. Si je me fiais au ton qu’elle avait employé, plus encore. Je m’étais entiché d’une femme plus âgée que ma grand-mère !

 

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Rien de mieux que des crocs tout neufs pour se sentir enfin Choisi...

A dans deux jours !

 

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Episode 18

Nous restâmes encore deux jours de plus à Cauterets. Ce fut le temps nécessaire à mon complet rétablissement. Pendant ce laps de temps, je dormais tout le jour, et la nuit, Emilie m’instruisait. Elle me parla d’abord du conseil. J’avais compris que Nemesis était à sa tête, il y avait encore peu. Les choses avaient cependant évolué après l’affrontement contre Asbjörn. Elle me promit de me parler de ce dernier plus tard. Il valait mieux me concentrer sur mes ascendants directs, selon elle.
Nous étions donc sous la loi et la surveillance d’un conseil. Ses membres se réunissaient de manière tout à fait aléatoire en fonction des besoins. Malgré la scission récente et le « changement de direction », ils étaient encore huit. Tous ne voyaient pas les choses de la même manière, mais avaient accepté de ne pas se faire ouvertement la guerre.
On pouvait concevoir le fait d’être Choisi comme une maladie qui devait pouvoir se guérir. On faisait alors partie de ceux que l’on appelait les progressistes. Ceux-là, contrairement à Emilie, étaient les plus « humains ». Ils ne contaminaient un mortel qu’à sa demande et en utilisant des méthodes bien moins douloureuses et dangereuses quecelle que j’avais subie. Ils ne se nourrissaient que très peu aux dépens des humains et consommaient de préférence du sang en bouteille ou animal.
Les seconds, baptisés les conservateurs, étaient, a contrario, très friands de morsures à même l’homme. Ils considéraient la contamination comme un cadeau qu’ils vous offraient – même si vous n’aviez rien demandé. Il semblait que la majorité des anciens aient été des victimes, au contraire de la plupart des récents qui étaient fascinés par notre population, comme j’avais pu l’être par Emilie.
— Tu ne voulais pas être Choisie ? l’interrompis-je alors.
— Quelle personne saine de corps et d’esprit voudrait réellement vivre pour toujours aux dépens de ses concitoyens ? répondit-elle, manifestement outrée par la question. Condamnée à errer sans pouvoir se fixer pour ne pas attirer l’attention ; à regarder ses anciens proches vieillir, se flétrir puis pourrir ; à ne jamais oser côtoyer les humains depeur de s’y attacher, ou les vider sauvagement de leur sang en place publique. Même s’il a été démontré qu’être un Vampire est une simple défaillance génétique, être Choisi est une malédiction, selon moi.
Son visage, toujours gai, avait perdu toute joie lorsqu’elle m’avait fait cette déclaration. En sa compagnie, j’avais été forcé de revoir ma conception du Vampire à la peau blême, squelettique et vêtu de noir des pieds à la tête. Hormis ses accès de silence et d’immobilité, comme lorsqu’elle restait deux heures à fixer l’eau du lac, elle était comme n’importe quelle jeune femme. Peut-être un peu plus mûre que son apparence ne le laissait croire. Mais dans sa tirade, je découvris une âme blessée et profondément seule. Je m’attendais presque à voir une larme perler de ses yeux gris.
— Tu regrettes d’être ce que tu es ? demandai-je, ne m’attendant pas vraiment à une réponse.
— Je ne sais pas vraiment, fit-elle à mi-voix. Les premières années, tu t’habitues petit à petit, tant bien que mal. Puis un jour, alors que tu t’es faite à l’idée de vivre en tant quesuceur de sang, tu apprends la mort de ta petite sœur. Morte de vieillesse. Tu te regardes dans un miroir et constates que tu n’as pas pris une ride. Que jamais tu nevieilliras. Là, tu commences à entrevoir ce que peut signifier l’éternité… tout autant quela malédiction.
— Si c’est la vie éternelle qui te gêne, pourquoi ne pas t’être suicidée ?
J’avais parlé sans réfléchir, sans me demander si je n’allais pas l’offenser et déclencher son terrible courroux. Je lui parlais d’égal à égal, en ami. Et j’en fus aussi surpris qu’elle, je pense. Elle me lança un regard mi-amusé mi-agacé, puis sourit avant de reprendre :
— J’aime bien trop la vie pour me tuer moi-même, admit-elle. Un être humain vient sur Terre, fait son temps puis meurt. C’est le cycle normal. Et j’ai beau être ce que je suis, je ne peux pas concevoir m’ôter la vie de mon propre chef…
Elle se tut. Comme souvent, elle se mura soudain dans un silence total et fixa le mur opposé sans plus m’adresser le moindre regard. J’analysai sa dernière phrase et eus peur de comprendre.

 

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Rendez-vous dans 2 jours ^^

 

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Episode 19

Kara. C’est au Togo que la suite de mon enseignement me fut dispensée. Nous oubliâmes bien vite notre dernière conversation. Du moins n’y revînmes-nous pas. Pour ma part, je gardais cette énigmatique révélation dans un coin de mon esprit. Emilie voulait me faire rencontrer son Sire. Il semble que c’était ce que voulait la coutume. Et elle les respectait, pour la plupart.
Il faut imaginer la hiérarchie des Choisis comme une immense compagnie. Tout en haut se trouve le leader absolu, le président du conseil. Pendant des siècles, il avait été dirigé par Nemesis. Très récemment, la gouvernance avait changé, l’ancienne présidente ayant disparu. Une partie de la communauté la pensait morte, vaincue par Asbjörn, et l’autre imaginait qu’elle en avait assez, tout simplement. La vérité était que personne n’en savait rien mais lorsqu’un personnage de cette envergure vient à disparaître, des légendes naissent. Plus ou moins fondées.
Juste en dessous se trouve ceux que je baptiserais les apôtres, qui sont actuellement sept, tous des Choisis. Chacun d’entre eux a créé une certaine quantité de rejetons qui ont à leur tour engendré une nouvelle génération et ainsi de suite. Je suis donc tout au bas de l’échelle, la seule créature d’Emilie. Son Sire semble avoir de nombreux descendants en revanche et lui-même dépendait d’un certain Hassam, ancien membre du conseil, lui aussi porté disparu.
— Blake ? répétai-je lorsqu’elle me donna son nom dans l’avion ? Il n’est donc pas français ?
Une fois de plus, elle prit un air moqueur et je me sentis ridicule, encore.
— La France n’est pas le centre du monde, mon pauvre Sébastien, railla-t-elle. Je nesuis pas plus française que lui d’ailleurs.
— D’où viens-tu ? demandai-je, avide d’en savoir un peu plus sur elle.
— Finlande, lâcha-t-elle le visage radieux, comme lorsqu’on se souvient d’un bon moment de son enfance. Un petit village disparu non loin de Joensuu.
Finlande ? N’étaient-ils pas censés être tous blonds ? pensai-je en souriant. Je remarquai au passage qu’elle n’avait aucune trace d’un quelconque accent. Son français était impeccable.
— J’ai eu quelques années pour pratiquer le français, grimaça-t-elle pour toute réponse.
— Emilie…, j’hésitai. Ça ne sonne pas très finlandais.
— Amy est mon nom de naissance. Emilie, c’est lorsque je suis en France, répondit-elle. Mais revenons-en à Blake. C’est un vieux Choisi, très vieux, insista-t-elle. Ne joue pas avec lui comme tu le fais parfois avec moi. Il te tuerait sur le champ.
Elle marqua une pause théâtrale afin d’être sûre que je retienne cette information.
— Tu n’auras pas à lui parler de toute façon. Le but est simplement qu’il connaisse ton visage. Chaque Choisi de sa lignée doit lui être présenté, c’est un rituel. Ça pourrait très bien te sauver la vie un jour.
— Il vit en Afrique ?
— Non. C’est nous qui allons vivre là-bas pour un temps. Il a une affaire à régler au Bénin, il fera un petit détour pour te voir.
— Amy ? l’interrompis-je, sans vraiment savoir pourquoi.
— Oui ?
Je me rendis compte à ce moment précis que j’allais franchir un interdit. J’avais cette fille dans la peau. Elle me parlait, et j’écoutais, mais j’avais les yeux fixés sur ses lèvres et une seule pensée en tête. Maintenant qu’elle ne me prendrait plus de sang, comment serait un corps à corps amoureux entre nous ?
— J’aime bien ce prénom, finis-je par dire.
Elle éclata de rire dans l’avion et quelques visages se tournèrent vers nous. Elle se tourna d’un quart vers moi et passa une main sur ma nuque avant de coller son front contre le mien avec sensualité. Elle savait très bien l’effet que cela allait produire chez moi et elle s’en amusait. Elle humecta lentement ses lèvres et je sentis son souffle sur mon visage.
— Tu es encore jeune, très. Pour un Choisi, je veux dire. Du coup, tu as encore defortes pulsions sexuelles. Ce n’est pas mon cas. Je te l’ai déjà dit, mon plaisir me venait de ton sang, pas de nos rapports ni d’une hypothétique attirance pour toi. Il faut que tu te débarrasses de cette idée de toi et moi dans des draps froissés par nos ébats lors d’une nuit torride… Ça n’arrivera pas.
Elle se replaça bien droite sur son siège, sortit un magazine qui traînait dans le filet face à elle, et ne dit plus un mot. J’aurais dû avoir le cœur brisé. Mais je ne sentis qu’une vague humiliation d’être aussi transparent pour elle.

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Episode 20

Vivre en plein soleil. Voilà une idée étrange pour un suceur de sang. Mais Amy, puisqu’à présent c’est ainsi que je l’appelais, avait insisté. J’avais été assez surpris que nous nous rendissions sur le continent africain, où le soleil régnait en maître absolu. Je n’en laissai rien paraître, mais j’étais terrorisé à l’idée d’exposer ma peau aux rayons del’immense boule de feu.
— Ce que tu as pu voir dans les films n’est nullement le reflet de la réalité, avait souri mon Sire, en me voyant hésiter à sortir de notre hôtel de luxe et en particulier de son ombre projetée sur le sol.
Pour autant, elle resta derrière moi, attendant que je m’avance en plein cagnard, un léger rictus sur le visage. Je l’avais vue ? à de nombreuses reprises, sous la lumière d’un jour de printemps, dans les Pyrénées et savais qu’elle ne risquait rien. Pourtant, une peur indicible me clouait sur place. Nous étions arrivés en plein milieu de la nuit et depuis ma transformation, je n’avais plus vu le soleil qu’à travers les rideaux clos denotre chalet. J’avais un costume couleur crème, une chemise blanche en coton et un Panama sur la tête : j’étais à l’abri. Las de mon ridicule et de l’inertie de ma compagne qui ne semblait pas pressée, je fis un pas dans la lumière. Le cœur battant, j’avançai un peu plus, soulagé de ne pas me mettre à fondre, mais toujours inquiet.
— Tu vois ! fanfaronna-t-elle. Tu es toujours là.
Je ne relevai pas ses sarcasmes, trop inquiet de mon propre sort. Je percevais la chaleur étouffante de l’atmosphère africaine et la lumière aveuglante me piquait les yeux. Mon chapeau n’y changeait rien. Amy me tendis une paire de Ray-Ban que je passai et me sentis plus à l’aise de suite. Nous commençâmes à marcher dans la large rue.
— Si tu n’aimes pas ce modèle, choisis-en un autre, mais garde toujours tes lunettes la journée si tu ne veux pas finir aveugle. Tu ne le resterais pas, puisque ton corps se régénère à l’infini, mais ça n’est pas agréable. Crois-moi.
— On va voir ton Sire ? demandai-je pour changer de sujet.
— Nenni. Tu es en train de recevoir ta leçon du jour, cher apprenti. Comment vivre en plein soleil !
— Il suffit de mettre des lunettes, fis-je en haussant les épaules.
— Quel naïf tu fais ! Nous allons marcher quelques minutes. Jusqu’au libraire là-bas. Je vais prendre quelques journaux et puis nous rentrerons.
Je ne compris pas pourquoi elle voulait se promener dehors par cette chaleur, sous ce soleil de plomb, alors que tous les journaux dont nous pourrions avoir envie étaient à l’hôtel. Gratuits !
C’est sur le chemin du retour que je commençai à sentir une légère brûlure sur ma peau. Sur la totalité de mon corps à vrai dire. Rien d’alarmant, une sensation proche de celle que l’on ressent lorsque l’on met sa main un peu trop près du chauffage. À la différence que dans ce cas-là, il me fut possible de ramener mon bras pour atténuer la douleur.
Amy marchait d’un pas lamentablement lent et je n’osai me plaindre, trop fier. Je souffrais et avais l’impression que chaque frottement de tissu sur ma peau m’arrachait des quantités incroyables d’épiderme. Lorsque nous franchîmes enfin la limite del’ombre et que la fraîcheur de la climatisation souffla sur mon visage, je crus voir la fin du calvaire… mais je me trompais. Encore.
Nous montâmes dans notre suite et je me défis de mes vêtements sous le regard amusé d’Amy. Je commençais à me poser des questions sur ce plaisir malsain qu’elle semblait prendre à me voir souffrir, chaque fois de façon différente. Ma peau était recouverte deplaques rouges qui, en plus d’être disgracieuses, étaient atrocement douloureuses.
— Ne t’inquiète pas trop, fit-elle. Ce ne sont que des coups de soleil.
— Des coups de soleil ! hurlai-je meurtri et hors de moi. Tu te fous de ma gueule ? Regarde-moi, y a des cloques, putain !
La phrase était sortie sans que je n’y puisse rien, je réalisai que j’hurlai après une femme qui avait tout pouvoir sur moi. Mais qu’importe, j’avais mal pour de bon. J’étais atteint au troisième degré pour sûr et le supplice continuait à augmenter. Et elle… elle souriait !
— N’oublie pas que tu es un Choisi à présent, reprit-elle à voix basse. La souffrance fait partie de ton quotidien.
— Rien à battre du quotidien, criai-je devant le miroir, découvrant les ravages partout sur moi. Et pourquoi toi t’as rien ?
— Je suis moins sensible parce que je suis plus vieille. L’âge est la base de tout. Je suis aussi plus forte et plus endurante, je me régénère plus vite… Je suis comme toi, mais en mieux.
Elle m’exaspérait. À cet instant, je compris ce qu’elle avait voulu dire lorsqu’elle m’avait expliqué que le jour où elle me quitterait, j’en serais ravi. J’attendais déjà ce moment avec impatience.
— Dans quelques heures, tu auras cicatrisé. Tu ne sentiras plus rien et il n’y aura plus une trace demain à la même heure. Comme tu le vois, le soleil ne t’a pas tué. Mais nesors plus jamais sans écran total sur tout ton corps. Dans quelques années, tu seras moins sensible et tu pourras t’aventurer en plein jour sans crème protectrice. Maintenant, apprends de ta douleur ce qu’être Choisi veut dire. Tu retiendras mieux decette façon.
Elle sortit sur ces mots, me laissant seul avec cette horrible impression que ma chair était à vif. Je la haïssais.

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