Les chemins & les Pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle

  • Par
  • Le 12/05/2018
  • Commentaires (0)
  • Dans Patrimoine

Statue de pèlerin à Puente la Reina.

 

Les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle se sont vu attribuer plusieurs noms selon les époques. Le plus connu est « Jaquet» (étymologiquement « celui qui va à Saint-Jacques »).

Le mot « Romieu » désigne à le pèlerin se rendant à Rome, autre grand pèlerinage. Le terme a également été utilisé pour d'autres pèlerinages et, suivant les époques, fut également donné aux pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

 

Source wikipédia

Les Chemins

Les itinéraires modernes

Itinéraire culturel européen

Ce n'est qu'après la définition des Chemins de Compostelle comme premier itinéraire culturel européen, officialisé en 19871 que de véritables itinéraires et chemins ont été plus ou moins arbitrairement tracés et balisés jusqu'aux confins de l'Europe.

Paru dans l'enthousiasme de cette décision européenne, un livre de référence leur a donné une existence et une notoriété accrues. Ce « Guide européen des chemins de Compostelle » est à la fois un guide sommaire pour les randonneurs et un guide routier pour les automobilistes et autres touristes contemporains. Son titre de « Guide des chemins » est trompeur. C'est cependant de lui que sont inspirées les descriptions ci-dessous pour les chemins européens. Elles correspondent à une vision contemporaine, conforme aux projets culturels et socio-économiques des institutions qui souhaitent à nouveau promouvoir les chemins vers Saint-Jacques-de-Compostelle, en leur donnant une place privilégiée dans la culture européenne.

Patrimoine mondial

Le Camino francés d'Espagne (cf. infra) a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1993.

La situation de la France n'est pas comparable à celle de l'Espagne. Un dossier a été présenté à l'UNESCO sous le titre général « Les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France », mais seulement 71 édifices ou ensembles architecturaux et 7 tronçons du GR 65 ont été inscrits le .

Depuis lors, une présentation abusive fait écrire que « les chemins de Compostelle en France sont inscrits au patrimoine mondial. » L'UNESCO se prête à la diffusion de cette interprétation élargie en la laissant graver sur les plaques de marbre apposées sur certains des monuments inscrits.

Les itinéraires classiques

Les quatre principaux itinéraires classiques sont très sommairement évoqués dans le Codex Calixtinius, par les principales villes ou lieux remarquables traversés :

« Il y a quatre routes qui, menant à Saint-Jacques, se réunissent en une seule à Puente la Reina, en territoire espagnol ; l’une passe par Saint-Gilles du GardMontpellierToulouse et le Somport ; une autre par Notre-Dame du PuySainte-Foy de Conques et Saint-Pierre de Moissac ; une autre traverse Sainte-Marie-Madeleine de VézelaySaint-Léonard en Limousin et la ville de Périgueux ; une autre encore passe par Saint-Martin de Tours, Saint-Hilaire de PoitiersSaint-Jean d’AngélySaint-Eutrope de Saintes et la ville de Bordeaux. »

« La route qui passe par Sainte-Foy, celle qui traverse Saint-Léonard et celle qui passe par Saint-Martin se réunissent à Ostabat et après avoir franchi le col de Cize, elles rejoignent à Puente la Reina celle qui traverse le Somport ; de là un seul chemin conduit à Saint-Jacques. »

Le dernier Livre du Codex Calixtinus ne décrivait que le chemin en Espagne. Dans ce qui était la grande Aquitaine du xiie siècle, il ne donnait qu'une liste de sanctuaires balisant très imparfaitement les quatre routes qu'il mentionnait dès la première ligne.

Les cheminements en Europe

France

Chemins de Compostelle contemporains en France, tracés à partir des années 1970 sur la base des lieux mentionnés par le Guide du pèlerin et d'hypothèses locales.

En France, depuis seulement la fin du xixe siècle, l'habitude a été prise de ne considérer que les quatre chemins indiqués dans le Codex Calixtinus, traduit en 1938 avec le titre contemporain, inexistant dans le manuscrit, de Guide du pèlerin. Mais l'étude des itinéraires réellement suivis par des pèlerins qui ont laissé des écrits ne permet pas de leur accorder l'importance qu'ils ont acquise aujourd'hui.

Les quatre chemins contemporains ont été tracés à partir des années 1970, sous l'impulsion de la FFRP (Fédération française de la randonnée pédestre) et de la Société des Amis de Saint Jacques. Ils passent par les grands sanctuaires qui bornaient la Grande Aquitaine, ToursVézelayLe Puy-en-VelayArles, mentionnés dans le Codex Calixtinus. Contrairement à une idée très répandue, ces sanctuaires n'étaient pas des lieux de rassemblement. Le Codex Calixtinus ne le mentionne d'ailleurs pas. Cette idée récente est née au xixe siècle.

1. La via Turonensis (1 460 km), qui passe par Tours, d'où son nom, et Paris. Aucun historien n'a jamais pu confirmer les indications de la plaque, donnée par l'Espagne à la ville de Paris en 1965, selon laquelle les pèlerins se rassemblaient à l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie à Paris(l'actuelle tour Saint-Jacques), l'une des plus anciennes paroisses de la ville. Les pèlerins en provenance de Picardie, du Ponthieu, des Flandres, du Hainaut, des Pays-Bas, de Scandinavie ainsi que les Champenois, les Belges et les Allemands prenaient ce chemin et le prennent encore. Ils rejoignent ceux qui partent de Paris et empruntent la rue Saint-Jacques, le faubourg Saint-Jacques et la Tombe Issoire. C'est le « Chemin de Tours ». En effet, une étape majeure est la basilique Saint-Martin de Tours haut lieu de pèlerinage à partir de la fin du ive siècle (Clovis choisit Saint Martin comme saint patron du royaume des Francs et de la dynastie des Mérovingiens), le pèlerinage de Tours fut déclaré aussi important que le pèlerinage de Rome par le concile de Chalon en 813. Il apparaît dans des récits de pèlerins médiévaux comme « grand chemin de Saint-Jacques ». Il présente une certaine réalité historique de chemin de pèlerinage, tout en ayant été utilisé par quantité d'autres voyageurs. Il traverse aisément Paris, franchit la Loire, n'offre pas de difficultés particulières, et permet de cheminer sous un climat tempéré.
2. La via Lemovicensis, qui passe par Limoges, d'où son nom ; le sanctuaire était Vézelay. On parle aujourd'hui de « Chemin de Vezelay ». Une association créée vers la fin des années 1990 s'est progressivement installée comme gérante de cette voie dont elle prétend défendre une historicité qu'aucun historien sérieux n'a pu établir.
3. La via Podiensis (1 530 km), qui tire son nom du Puy-en-Velay ; lieu de pèlerinage marial ; ce chemin est balisé comme « GR 65 », dès Genève ; le trajet préambulaire Genève-Le Puy est appelé via Gebennensis. Il y a deux autres trajets préambulaires: Cluny-Le Puy et Lyon-Le Puy. On parle aujourd'hui de « Chemin du Puy ». Au Puy-en-Velay, on dit « le Saint-Jacques », comme on dit « le Stevenson ».

Ces trois premiers chemins font leur jonction dans les Pyrénées-Atlantiques à Ostabat, au niveau du « Carrefour de Gibraltar ». Ce dernier ne doit rien à Tariq ibn Ziyad, c’est simplement une déformation phonétique du sanctuaire de Saint-Sauveur, sur la colline. Chabaltore en basque, est devenu ChibaltareChibraltare et enfin Gibraltar. En 1964, le docteur Clément Urutibehety, promoteur local des chemins de Compostelle a fait poser à ce carrefour une stèle discoïdale provenant d'un ancien cimetière.

La traversée de la frontière se fait actuellement par le col de Bentarte ou par Valcarlos, en amont du col de Roncevaux. La suite du chemin prend le nom de Camino navarro, selon les acceptions : à Roncevaux, à la frontière espagnole, à Saint-Jean-Pied-de-Port, à la jonction d'Ostabat, voire dès l'entrée en Basse-Navarre.

Muséum du chemin de Saint-Jacques à l'aire d'Hastingues sur l'autoroute A 64

4. La via Tolosana, qui passe par Toulouse, d'où son nom ; mais elle s'est aussi appelée via Arelatensis, du sanctuaire d'Arles. Elle a eu aussi comme nom via Aegidiana, ou route de Saint-Gilles, du nom du sanctuaire de Saint-Gilles du Gard. Ce chemin rejoint l'Espagne par le col du Somport. On parle aujourd'hui de « Chemin d'Arles ».

La via Tolosana est précédée par :

La via Tolosana possède une variante parallèle, le chemin du Piémont ou « El cami deu pé de la coste », qui recevait les pèlerins du début de la via Tolosana au niveau de Narbonne. Cet itinéraire continue ensuite par CarcassonneFanjeauxMirepoixSaint-LizierSaint-Bertrand-de-CommingesL'Escaladieu, pour rejoindre le chemin d'Arles à Oloron-Sainte-Marie. Au delà du col du Somport, le pèlerin entrait en Espagne par le Camino aragonés, ainsi nommé puisqu'il rejoint l'Aragon.

Camino navarro et Camino aragonés se rejoignent ensuite à Puente la Reina, finissant la jonction des quatre chemins français. La poursuite du chemin prend, à partir de là, le nom de Camino francés.

Il existe aussi des chemins de traverse qui permettent aux pèlerins de se rendre dans des lieux de pèlerinages, comme :

Différents chemins en provenance d'autres pays, comme l'Allemagne ou le Luxembourg, traversent la Lorraine ou l'Alsace comme :

Sculpture d'une coquille marquant le chemin de Saint-Jacques de Compostelle à la chapelle Sainte-Croix de Forbach

Espagne

Pèlerinage de Saint-Jacques chemins contemporains en France et Camino francés

En Espagne le chemin le plus utilisé et qui regroupe les itinéraires venant d'Europe dans les Pyrénées prend le nom de « Camino francés » puisqu'il est emprunté par les « Francos », sans distinction de nationalité. En Espagne ce chemin est aussi appelé la « Ruta interior » par opposition à la « Ruta de la costa » ou « Camino del Norte », chemin historique des pèlerins européens avant que les rois catholiques ne favorisent le pèlerinage par les terres de Castille.

D'autres voies traversent le pays au départ de BarceloneMadrid ou Séville pour rejoindre le « camino francés ».

Le chapitre de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle considère comme chemins (rutas) les plus utilisés par les pèlerins4 :

D'autres itinéraires secondaires de la péninsule Ibérique rejoignent, à un endroit ou à un autre, l'un des chemins principaux ci-dessus pour arriver à Saint-Jacques-de-Compostelle, tels :

Certains itinéraires sont des sections d'un chemin principal, tel :

Il existe aussi des chemins connexes, tels que :

  • Le Camino de Fisterre, de Muxía vers Saint-Jacques ; cet itinéraire, utilisé dans le sens de Saint-Jacques-de Compostelle vers l’Océan Atlantique, est un chemin hérétique, au regard du pèlerinage chrétien.

Portugal

Caminho portugues

  • Lisbonne est le point de départ obligé du chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle, passant par CoimbraPorto ;
  • Un autre chemin se situe plus à l'est, au départ de Faro, à l'extrême sud du pays ; il gagne le nord par ÉvoraCastelo Branco, et Guarda.

 

 

 

Les Pèlerins

Pèlerins sur la voie limousine près de Bougue dans les Landes.

 

Des toponymes portent la trace de ce passé, tel que « Pont Romieu » à Conques parmi d'autres ponts le long des chemins. Au fil du temps, et l’imaginaire aidant, ces ponts deviennent « romains ». On trouve également une abbaye de La Romieu, lieu d’accueil des pèlerins, et des fontaines, telles que Font Romieu à Saint-Côme-d'Olt. En Espagne, Romieu se transforma en « Romero », que l'on retrouve aujourd'hui dans différents noms de lieux.

Les pèlerins ont de tout temps emprunté les voies de communication des autres voyageurs (marchands, artisans, clercs, gens d'armes...). Les conditions de leur voyage étaient les mêmes que celles de ces autres voyageurs. Ils étaient soumis aux mêmes aléas. Selon leurs possibilités financières ils utilisaient les moyens de transport existants (en particulier les fleuves) et les hébergements communs à tous ceux qui se déplaçaient. Les maisons Dieu accueillaient les pauvres, passants et pèlerins et ceux qui le pouvaient logeaient à l'auberge. L'édition en 1882 du dernier Livre du Codex Calixtinus, manuscrit compilé au xiie siècle, apporta des informations sur les routes qui vont à Compostelle1. Ce Livre fut considéré comme un guide du pèlerin. Sa traduction en 1938 publiée sous ce titre amplifia la confusion. « Aucun manuscrit médiéval comportant exclusivement le dernier livre du livre de saint Jacques ne nous est parvenu et ne permet donc de penser que ce texte a pu être utilisé séparément. Rien ne permet de penser qu'il ait jamais servi de guide à un marcheur et le titre de Guide du pèlerin est abusif2 ». « Ce titre de Guide du pèlerin, donné en 1938, pour être à la mode de son temps, n'en a pas moins induit en erreur des générations de chercheurs ou de commentateurs. C'est lui qui a conduit le Conseil de l'Europe à déclarer, le 23 octobre 1987, le chemin de Saint-Jacques premier itinéraire culturel européen3 ».

Les attributs du pèlerin

Besaces et bourdons

Pèlerin, par Jérôme Bosch, vers 1500.

Bavant le grand départ, la besaces et le bourdon constituent, dès le bas Moyen Âge, les deux attributs caractéristiques du pèlerin, permettant de le reconnaître en tant que tel.

Le bourdon, ou bâton du pèlerin, était à l'origine plus petit que le marcheur, et à un seul pommeau, par la suite il sera représenté plus grand que lui, avec deux pommeaux.
Le sermon « Veneranda dies », intégré au premier livre du Cortex Calixtinus définit ses deux principales fonctions aider à la marche « comme un troisième pied », et défendre le pèlerin, concrètement, « contre le loup et le chien », mais aussi, à un degré symbolique, contre les pièges du démon, arme du salut par la pénitence, il devient le « bâton d'espérance - ferré de charité - revêtu de constance - d'amour et de chasteté » de la Chanson du Devoir des Pèlerins.

La besace, qui contenait la maigre pitance du marcheur, était appelée « escharpe » en ancien français, par altération du francique Skerpa, sac en bandoulière. Au xvie siècle, ce terme fut remplacé par celui de mallette, jusqu'à ce que le mot panetière s'impose. Le sermon Veneranda dies lui attribue une forte valeur symbolique : elle est étroite car pour subsister, le pèlerin met sa confiance en Dieu et non dans ses propres ressources ; elle est en peau de bête pour lui rappeler qu'il doit mortifier sa chair ; enfin, elle est toujours ouverte, pour donner comme pour recevoir.

Calebasse

À partir de la fin du Moyen Âge, d'autres accessoires viennent s'ajouter à ces deux attributs. La calebasse, faite d'une courge séchée et vidée ou d'un récipient évoquant cette forme, contient la boisson du pèlerin ; elle est parfois accrochée au bourdon, à l'aide d'un crochet placé entre les deux pommeaux.

Boîte à outils

Un peu plus tard apparaît la boîte à outils renfermant les autorisations, sauf-conduits, lettres de recommandation, passeports et autres billets de confession que les pèlerins doivent posséder à partir du xve siècle.

Patenôtre et chapelet

Au xve siècle se généralise également l'usage de la patenôtre ou chapelet.

Costume

Quant au costume du pèlerin il est avant tout fonctionnel. Au Moyen Âge, les saints marcheurs sont généralement représentés vêtus de la cotte, tunique pourvue de manches, toujours longue pour les femmes, mais pouvant s'arrêter aux genoux pour les hommes, et du surcot, vêtement plus ample, en général plus court, d'étoffe plus grossière, sans manches et fendu sur les côtés ; le chaperon, capuchon prolongé d'un collet recouvrant les épaules, et un chapeau, d'abord de forme conique, puis à bord rabattu, complètent la tenue.

.

Coquille Saint-Jacques, symbole du pèlerinage

Coquille

Objet marquant le pèlerinage accompli, la coquille correspond à des symboles utilisés dès l'Antiquité : talisman, coquille évoquant les eaux où elle se forme, symbole de la fécondité propre à l'eau, symbole d'amour (telle Vénus sortant de sa coquille) et de bonne chance4. Selon le Codex Calixtinus, la coquille est associée depuis le xiie siècle aux « bonnes œuvres » : « les deux valves du coquillage représentent les deux préceptes de l'amour (...), à savoir aimer Dieu plus que tout et aimer son prochain comme soi-même »5.

Le pèlerin de Saint-Jacques se distingue, dès la première moitié du xiie siècle, par l'emblématique coquille Saint-Jacques. Dans les eaux littorales de la côte galicienne, vivent des mollusques à coquille bivalve, appartenant au genre Pecten. De leur ancienne consécration à Vénus, elles tirent leur nom espagnol de concha venera. Ce sont ces veiras galiciennes, larges coquilles dont la forme rappelle celle de la main, que les jacquets ramassent sur la grève et ont coutume de coudre à leur chapeau, en signe de leur pérégrination, quand vient le moment du retour. L'auteur du sermon « Veneranda dies » y voit le symbole des bonnes œuvres s'épanchant de la main ouverte.

L'origine de la coquille de Saint-Jacques-de-Compostelle est probablement issue de cette symbolique antique mais renvoie aussi à plusieurs légendes compostellanes : cendres du saint arrivées à Compostelle dans une coquille ; saint Jacques au moment où passait le bateau ramenant sa sépulture de Jérusalem, sauve des flots tumultueux un prince que son cheval emballé y avait précipité. Sur le point de périr, le cavalier invoque l'aide du saint, et bientôt son corps se trouve miraculeusement repêché, tout constellé de coquilles6.

C'est aussi la coquille ramenée de Compostelle par un pèlerin italien, qui fit jadis disparaître, aux dires du Liber Sancti Jacobi, par simple attouchement, l'énorme goitre dont était affligé un chevalier d'Apulie. Au xiiie siècle, les évêques de Compostelle concédèrent aux boutiquiers établis sur le parvis de la cathédrale Saint-Jacques l'exclusivité de la vente de reproductions, en plomb ou en étain, des fameux coquillages. Toutefois le succès de la coquille compostellane fut tel que son usage se généralisa, et devint l'insigne commun de tout pèlerin.

Bourdonnets et azabaches

Entre le xve siècle et le xviiie siècle, les jacquets ramenèrent également de Compostelle deux autres types d'objets, les bourdonnets et les azabaches.

Petits bâtonnets taillés en forme de bourdon, les bourdonnets, comme les coquilles, étaient accrochés au chapeau ou aux vêtements du pèlerin.

Quant aux azabaches, Compostelle s'en fit une spécialité jusqu'au xviie siècle. Il s'agit de petits objets de piété (médaillons, statuettes, représentant saint Jacques) taillés dans le jais provenant des mines des Asturies et de Léon. Elles se vendaient Place de Azabacharia.

Les certificats du pèlerin

À partir du xve siècle, les pèlerins doivent posséder des autorisationssauf-conduitslettres de recommandationpasseports et autres billets de confession leur assurant de passer sans trop de difficulté les contrôles policiers ou douaniers des différents pays et régions traversés.

Aujourd'hui, il est recommandé d'avoir des papiers d'identité surtout si l'on n'appartient pas à l'espace Schengen. Pour mémoire et en remontant depuis Saint-Jacques-de Compostelle, cet espace comprend notamment l'Espagne, la France, le Benelux, l'Allemagne, la République tchèque, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, le Danemark, les pays scandinaves et baltes, la Suisse, l'Italie, la Grèce... Par contre, les pays francophones ou hispanophones d'Amérique, d'Afrique ou d'Asie n'appartiennent pas à cet espace.

Par ailleurs, la tradition se perpétue par l'usage de la créancialecredencial ou crédenciale qui facilitent les hébergements et constituent un souvenir apprécié des pèlerins.

 Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Crédanciale d'un pèlerin du chemin du Puy-en-Velay de 2011 à 2014.

Credencial d'un pèlerin du Camino francés

Les pèlerines

La présence de femmes sur les routes de Compostelle est parfois évoquée dans les statuts de confréries d’anciens pèlerins, ainsi à Bagnères-de-Bigorre en 1325 ou celle du Mans en 1490, qui admettent les « sœurs qui firent le saint voyage ». La confrérie de Paris prévoit même que si une femme a accompli le pèlerinage en étant enceinte, son enfant sera confrère comme elle. De fait, c’est un état qui ne semble pas effrayer les femmes. En 1384, l’une d’elle accompagne ainsi son mari ménestrel, et marche depuis l’Angleterre jusqu’en Navarre. Une autre Anglaise, Margerie Kempe, semble plutôt partir pour fuir les maternités. Après avoir accouché de quatorze enfants dont un seul survit, et souffert de dépression, elle convainc son mari de faire vœu de chasteté et part pour Rome, Jérusalem et Saint-Jacques.

Hormis une chambrière de l’hôpital Saint-Jacques-aux-pèlerins de Paris qui, à l’âge de quatre-vingts ans, se lance seule sur les routes (elle s’arrête, épuisée, à Oviedo), les autres sont accompagnées de leur mari, telle la femme de Jehan Dynant qui part aussi de Paris, à cheval avec son époux. Au xve siècle part de La Rochelle un curieux quatuor, deux hommes dont un boucher accompagnent les épouses de deux bourgeois. En ce même xve siècle, une autre femme part de La Rochelle, Marie d’Anjou, la mère de Louis XI. Officiellement, elle va s’assurer que le vœu des rois de France d'entretenir les cierges allumés dans la chapelle des rois de France était exécuté. Avait-elle un autre but ? Un but diplomatique ? La malheureuse, partie en novembre a dû prendre froid car elle mourut au retour, près de Parthenay. Trois ans plus tard, en 1466, c’est la tante du roi qui part à Compostelle, Marguerite de Savoie, comtesse de Wurtenberg. Elle est en grand équipage, Louis XI la rencontre et la recommande aux villes placées sur son chemin.

Au temps des guerres de Religion, lorsque passent beaucoup de pèlerins se rendant à Compostelle, un prêtre de Provins voit passer « hommes et femmes ». En 1592 à Chalon-sur-Saône, la confrérie compte cinquante anciens pèlerins dont onze femmes et en 1598 quatre-vingt-quinze dont quatorze femmes. La réalité autant que la fiction montrant que les femmes furent peu nombreuses sur les routes, la majorité des autres dut sans soute se contenter de rêver en frissonnant de la grande aventure, la grande marche vers Compostelle7.

Les confréries

Au xiie siècle, de nouveaux acteurs apparaissent dans l'organisation de l'accueil aux pèlerins : les confréries. Créées le plus souvent par d'anciens pèlerins, dans le but d'entretenir la dévotion à saint Jacques, les confréries atteignent rapidement le nombre de deux cents en France.
Les plus importantes sont celles de ParisLyonReimsBordeauxToulouse (deux), ValenciennesSenlisLavalPoitiersChâlons-sur-Marne.

Les signes de l'activité de ces confréries sont nombreux dans les lieux et sur les objets de culte :

  • bannière de procession de Senlis,
  • sommet de bourdon de Haux en Gironde,
  • crucifix aux extrémités en coquille de Saint-Geniès-le-Haut dans l’Hérault,
  • fresques,
  • gravures,
  • tableaux,
  • statues de saint Jacques avec deux ou plusieurs pèlerins,
  • chapelles dédiées à l’apôtre avec la décoration appropriée
  • ...

Ce ne sont pas les seuls témoins de leur activité; on retrouve aussi des livres de confréries, ornés parfois d'aquarelles naïves, comme à Chalon-sur-Saône, Bordeaux, Aix-en-Provence. ...

Ces signes démontrent que, si le courant s'est ralenti, le pèlerinage de saint Jacques a survécu aux guerres de religion. Des confréries pèlerines fortes d'une quarantaine de membres distinguent encore au xviiie siècleles simples dévots de ceux qui ont accompli le « Voyage » et qui le prouvent en présentant leur « Compostelle » (certificat d'avoir accompli à Saint-Jacques leurs devoirs religieux.) Leur nombre varie d'une demi-douzaine à une dizaine par an dans les meilleurs cas.

Les livres de confréries manuscrits ont été les premiers à fournir aux futurs pèlerins des itinéraires détaillés (Senlis, RouenAngers. ...) Ils firent connaître aussi ces « chansons de pèlerins » 8, comme la Grande Chanson 9(Paris) ou la Chanson des pèlerins d'Aurillac, qui sont des petits itinéraires mnémotechniques plus ou moins détaillés.

D'autres activités voient le jour : messes votives, offices, « jeux ». Les confrères « jouent » en public des scènes de la vie de saint Jacques ou ses miracles, surtout celui du miracle du pendu-dépendu. Ils ne dédaignent pas les banquets mais vont en procession jusque devant le roi (Louis XVI), au-devant des pèlerins de plus ou moins haut rang dont le retour est annoncé (celle de Paris, pour le duc Charles de Valois au xvie siècle), souvent pour honorer la sépulture d'un des leurs, mais surtout bien sûr, pour la fête de leur saint patron, le 25 juillet.

Les chansons de pèlerins10

"Chansons nouvelles des pèlerins de St Jacques". Recueil de chansons imprimé à Compostelle, xviiie siècle

Le Codex Calixtinus ne mentionne rien du répertoire des pèlerins eux-mêmes, si ce n’est leur devise : « E Ultreya, e suseya, Deus aia nos » (Plus oultre ! …).

Parmi les 430 pièces des Càntigas de Santa Maria réunies à la fin du xiiie siècle à la cour du roi Alphonse le Sage, deux racontent des légendes du Camino, dont celle du miracle du pendu-dépendu. Quatre autres mettent en concurrence le sanctuaire compostellan avec celui, marial, de Villalcázar de Sirga.

Le Livre vermeil de Montserrat rédigé au xive siècle, témoigne de ce qu’était l’expression musicale des pèlerins dans le sanctuaire catalan, rythmes propres à la marche et à la danse, formes strophiques adaptées aux processions, pièces en canon faciles à chanter à plusieurs…

C’est surtout à partir du début du xviie siècle que l’on commence à trouver des chants jacquets : ils adoptent souvent une forme strophique, pour narrer les différentes étapes et péripéties de leur voyage : Pour avoir mon Dieu propiceLa Grande Chanson, etc. Certaines de ces chansons subsisteront jusqu’au xixe siècle. L'itinéraire de ces chansons se retrouve dans : Guide qu'il faut tenir pour aller au voyage Saint-Jacques en Galice, édité par la confrérie de Senlis en 1690 et Chemin de Monsieur sainct Jacques en Galice, imprimé à Paris en 1621 par Jean Le Clerc à la Salamandre royale. Il existe cinq versions de la Grande chanson dont une comparaison a été faite par Denise Péricard-Méa11.

Les « placards »

Au xviiie siècle, les pèlerins achetaient des feuilles imprimées ou « placards », portant une image de saint Jacques bénissant des Jacquets, avec le texte d’une chanson de route.

Pour avoir mon Dieu propice, chant du xviie siècle, première strophe :

Pour avoir mon Dieu propice
Fis vœu d’aller en Galice,
Voir le saint Jacques le Grand
J’entreprins cest exercice
Non pas comme un fainéant.

Les coquillards

Article détaillé : coquillard.

Au cours des siècles, avec le développement du commerce, la foi qui anime les jacquets s’émousse. Des perspectives de lucre ou de brigandage rassemblent des faux pèlerins. Sous l'habit du pèlerin se cachaient ainsi bon nombre de vagabonds, de criminels recherchés, filous de toutes sortes, dont la coquille portée au collet était l'emblème.

Vers 1629, Ollivier Chereau décrit la catégorie des Coquillards parmi celles des mendiants membres de la corporation qu'il appelle « Argot » ; il sera repris par l'historiographe Henri Sauval (fin xviie siècle) dont s'inspirera Victor Hugo pour son roman Notre-Dame de Paris.

Sans rapport avec les précédents, des membres d'une bande de la Coquille, également appelés « coquillards », ont été jugés en 1455 à Dijon, mais les pièces du procès ne font aucun lien avec des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. Le poète François Villon (vers 1431-après 1463) entretint peut-être des rapports avec cette bande de Coquillards. On ignore s’il en faisait vraiment partie, mais on trouve des termes du jargon de la Coquille, dont le mot « coquillard », dans des ballades en jargon qui lui sont attribuées (six dans la première édition imprimée de ses œuvres par Levet en 1489 ; cinq anonymes regroupées sous l'étiquette « jargon » dans un recueil de différents poètes, parmi lesquels Villon, le manuscrit de la fin du xve siècle se trouvant à la bibliothèque de Stockholm) ; mais ces onze compositions en jargon n'ont absolument pas les qualités métriques des autres ballades du poète.

En Espagne, la confusion se fit rapidement entre détrousseur, mendiant et Français ; les surnoms péjoratifs de « franchotes » ou « franchutes » désignaient soit un chemineau, soit un pèlerin, quelle que fût son origine. Les galloferos, gueux, oiseux et fainéants qui se pressaient aux portes des couvents à l'heure de la soupe populaire, s'appelaient ainsi parce que, disait-on, ils étaient pour la plupart des Français - GallosGallus -, en route vers Saint-Jacques.

Anecdote

Le témoignage de l'émir Ali ben Yoûsouf (1106-1142) venu rencontrer, à Compostelle, la reine Doña Urraca, donne une idée de l'importance du flux des pèlerins qui se rendaient auprès du tombeau de l'apôtre. Impressionné des cohortes de jacquets sur les chemins de Compostelle, l'émir demanda au guide qui l'accompagnait : « Qui est ce personnage si grand, si illustre, pour que les chrétiens aillent vers lui afin de prier depuis les Pyrénées et de plus loin encore ? La multitude de ceux qui vont et viennent est si grande que c'est à peine si elle laisse libre un passage sur la chaussée en direction de l'Occident. »

INFORMATIONS PRATIQUES

Le site dédié aux pèlerins de Compostelle

et

autres chemins de pèlerinage

http://pelerinsdecompostelle.com

 

https://www.facebook.com/pelerinsdecompostelle

Temoignages Récits Histoire Patrimoine Territoire Culture Générale Religion Tourisme

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Ajouter un commentaire

Bienvenue

 

 

Bonne Promenade & Découverte de notre Site

Certaines pages sont en cours de restructuration : Veuillez nous excuser de cette gène Erreur 404 - Page introuvable

 

 

Numéro de Copyright

00065534-1