François de Sales

Saintdocteur de l'Église
Naissance
château de Sales (Thorens-Glières), Drapeau de la Savoie Duché de Savoie
Décès   (à 55 ans)
LyonRoyaume de France Royaume de France
Ordre religieux Frères mineurs capucins
Béatification 28 décembre 1661 - 8 janvier 1662
par Alexandre VII
Canonisation 19 avril 1665
par Alexandre VII
Vénéré par l'Église catholique romaine
Fête 24 janvier
Attributs Déclaré « Docteur de l'Amour »
Saint patron journalistes et écrivains

CoA Francis de Sales.svg

 

BIOGRAPHIE

François de Sales, né le 21 août 1567 au château de Sales près de Thorens-Glières1 en Savoie et décédé le 28 décembre 1622 à Lyon, est un prêtre catholiquesavoyard. Nommé évêque de Genève, il ne put jamais prendre possession de son siège devenu la "Rome des calvinistes" et resta en résidence à Annecy. Proclamé saint et docteur de l'Église il est liturgiquement commémoré le 24 janvier.

Issu d’une famille noble, il choisit le chemin de la foi chrétienne en consacrant sa vie à Dieu et renonce à tous ses titres de noblesse. Il devint l'un des théologiens les plus considérés de son temps. Ce grand prédicateur accéda au siège d’évêque de Genève et fonda, avec la baronne Jeanne de Chantal, l’ordre religieux de la Visitation. Il exerça une influence marquante au sein de l'Église catholique et fut très écouté également des détenteurs du pouvoir temporel, notamment les ducs Charles-Emmanuel Ier et Victor-Amédée Ier de Savoie, la régente de Savoie Christine de France et les rois de France Henri IV et Louis XIII.

Homme d’écriture, il laissa une œuvre importante qui témoigne de sa vision de la vie. Depuis 1923, l’Église catholique le considère comme le saint patron des journalistes et des écrivains en raison de son recours à l'imprimerie. Ses publications comptent parmi les tout premiers journaux catholiques au monde.

 

Jeunesse

Enfance

 

François de Sales à 12 ans étudiant à Paris (Illustration de fantaisie, vers 1900)

François de Sales est né le  dans une famille de la noblesse savoyarde, catholique, au château de Sales près de Thorens-Glières, à une vingtaine de kilomètres au nord d'Annecy, dans le duché de Savoie. Son père, François, seigneur de Sales, de Boisy et de Novel, et sa mère, Françoise, fille unique de Melchior Urbain de Sionnaz, seigneur de la Thuile et de Vallières, appartenaient à de vieilles familles aristocratiques de Savoie. François de Sales père occupa la charge prestigieuse et lucrative de maître d'hôtel du prince Sébastien de Luxembourg-Martigues et servit comme officier dans l'armée du roi de France, François Ier. Le futur saint était l'aîné de six frères et sœurs et se devait de relever les titres de son père.

A son baptême, le 28 août 1567, il reçut le prénom de « François » en hommage à François d'AssiseB 1. Jusqu'en 1569, il fut élevé comme tout enfant noble par une nourriceA 1,B 2, puis durant six ans, fut éduqué par ses parents qui nourrissaient de grandes ambitions à son égardB 3. Très vite, il apprit le maniement des armesB 4.

De 1573 à 1575, il est élève au collège ducal du Plain-Château, à La Roche-sur-ForonB 5, puis, de 1575 à 1578, il étudie au Collège Chappuisien d'Annecy2, où il côtoie l'aristocratie savoyarde et apprend le français en remplacement du patois localB 6. À dix ans, comme d'autres enfants de son âge, il reçoit sa première communion, bientôt suivie de sa confirmationA 2,B 7Mgr Gallois de Regard, un ami de la famille de Sales3, lui confère la tonsure, dans l'église Saint-Étienne de Clermont, le , il a 11 ans4,5.

À onze ans, il demande déjà à devenir prêtre, mais vers 1578 François est envoyé à Paris par son père, qui le destine à la magistratureNote 1. Il poursuit alors ses études au collège de Clermont (collège jésuite, repris et remplacé aujourd'hui par le lycée Louis-le-Grand), sous la direction de son précepteur, Jean Déage, en compagnie de trois de ses cousinsB 8. Il étudie la rhétorique, mais aussi le latin, le grec, l’hébreu, la philosophie et la théologie, savoir qui lui permet ainsi d’« apprendre les exercices de la noblesse »A 3,B 9.

Il tire de ce séjour un grand attachement pour la France, nation souvent en conflit avec la Savoie, mais dont il se sent proche par la géographie, la manière de vivre et la langue.

Études à Paris

 

Château de Thorens, une des propriétés de la famille de Sales, voisine du Château de Sales.

À Paris, accompagné de son précepteur, le père Déage, et de trois de ses cousinsB 8, François étudie les « cours des arts » d'octobre 1584 à 1588B 9. Se vouant alors à la philosophie, les mathématiques, l'histoire et la musique, ainsi qu'à la rhétorique et la grammaireB 9, François montre également un fort intérêt pour la théologie d'Augustin d'Hipponeet de Thomas d'AquinB 10, en se penchant particulièrement sur la grâce et la prédestinationB 11.

François est très marqué par la théologie sur la prédestination et la grâce, très discutée alors en raison du développement du protestantisme. En effet, Calvin, en s'appuyant sur les écrits d'Augustin d'Hippone et de Thomas d'Aquin, cherchait à justifier une théologie de la prédestinationB 11. Cette approche déclenche une grande angoisse chez François de Sales, qui, pendant dix semaines - entre le mois de décembre 1586 et janvier 1587B 11 -, s'imagine prédestiné à l'enferB 12. Affolé, il prie devant une statue de la Vierge dans une église dominicaine, l'Église Saint-Etienne-des-Grès et se voit alors libéré de ces peursNote 2,B 13. Il fait alors vœu de chasteté et mène une vie de prière et de pénitence. Poursuivant ses études, il passe sa licence et sa maîtrise au printemps 1588B 14.

 

François de Sales priant la Vierge Noire de Paris où il sera délivré de ses angoisses (vitrail de la chapelle des sœurs de Saint-Thomas-de-Villeneuve, Neuilly-sur-Seine).

Études en Italie et retour en Savoie

En 1588, François va poursuivre ses études en Italie, accompagné du révérend Déage et de son frère GalloisB 14,B 15. Il arrive à l'automne 1588 à Padoue, qui abrite alors l'une des grandes universités d'EuropeB 14,A 4.

Cherchant conseil et aide, il se met sous la direction spirituelle du père jésuite Antoine Possevin, qui lui fait faire les Exercices spirituels. Comme il confie un jour à un ami : « J'ai étudié le droit et la théologie pour me plaire à moi-même »B 16. Concentrant son attention sur Augustin d'HipponeJérôme de StridonJean Chrysostome et Thomas d'AquinB 17, il se penche particulièrement sur la question de la liberté humaine, cherchant à donner une place « plus digne à la grâce et à la miséricorde de Dieu »B 17. Il va jusqu'à contrer Augustin d'Hippone et Thomas d'Aquin sur la question de la prédestination qui l'avait si tourmentéB 17.

Refusant la vie mondaine, il continue à mener une existence très austère mais tombe gravement malade et, croyant mourir, demande même que l'on donne son corps à la science : « qu’au moins, je serviray de quelque chose au public puisque je n'ai servi de rien en ma vie »6. Il guérit cependant et, après deux ans d’études à Padoue, reçoit son diplôme de doctorat des mains du célèbre Pancirola en 1592. Il voyage alors en Italie, à LoretteRomeVenise puis retourne en SavoieA 5.

Quand il revient à La Thuile, en Savoie en 1592, son père lui offre la seigneurie de VillarogerB 18 et lui présente une fiancéeB 19. François de Sales, cependant, réaffirme sa volonté d'être prêtreB 20. Le 14 octobre 1592, au décès de François Empereur, prévôt du chapitre de GenèveB 20, certains cherchent à faire nommer François comme chapelain à RomeB 20, mais son père lui demande de s'inscrire comme avocat au barreau de Chambéry, vœu auquel il répond le 24 novembre 1592B 20,7.

François a cependant une autre ambition : celle de devenir religieuxB 21Claude de Granierévêque de Genève (au nouveau siège d'Annecy à la suite de l'introduction de la Réforme à Genève), obtient pour François la position de prévôt du chapitre de Genève à AnnecyB 22. François de Sales revêt la soutane le 10 mai 1593 et le jour suivant, devient chanoine d'Annecy ; le 13 mai, il renonce à son droit d'aînesse, ainsi qu'à son titre de seigneur de VillarogetB 23. Il se retire alors au château de Sales jusqu'au 7 juin 1593, en lutte contre ses doutes et tentationsB 24. Il reçoit le premier degré du sacrement de l'ordre, celui du diaconat, le 11 juin 1593B 25 et commence ses visites de malades et de prisonniersB 25. Le 18 décembre 1593, il devient prêtre et prévôt de GenèveB 26.

Vie sacerdotale de François

Début de la vie sacerdotale

À partir de la Réforme protestante et de l'émergence du calvinisme à Genève, le siège de l'évêché de Genève est déplacé à AnnecyB 26. C'est là que le nouveau prévôt définit la méthode qu'il compte utiliser face à ceux que beaucoup nomment alors des hérétiques : François appelle à la reconquête de Genève. Dans un discours resté célèbre, il annonce son programme : «C'est par la Charité qu'il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu'il faut l'envahir, par la charité qu'il faut la recouvrer (...). Je ne vous propose ni le fer, ni cette poudre dont l'odeur et la saveur rappellent la fournaise infernale (...). Nous devons vivre selon la règle chrétienne, de telle sorte que nous soyons chanoines, c'est-à-dire réguliers, et enfants de Dieu non seulement de nom, mais encore d'effet.»B 27. Il refuse les dons et confesse beaucoup, ayant été nommé « pénitencier » du diocèse B 28.

La Réforme s'étant répandue en Savoie à la faveur d'une brève période de domination bernoise (1535-1564), le Chablais avait conservé la nouvelle religion. Après avoir retrouvé son pouvoir sur cette région, le duc Emmanuel-Philibert de Savoie s'était montré fort tolérant8. Son fils Charles-Emmanuel Ier, toutefois, veut y restaurer la religion catholique, «par la douceur si l'on peut, par la violence s'il le faut». Aussi, Charles-Emmanuel demande-t-il à l'évêque Claude de Granier d’envoyer des missionnaires en 1594 et François de Sales se porte volontaireB 29.

Missions dans le Chablais

François part, seul, armé seulement de la Bible et « des controverses » de Robert BellarminB 30. Il quitte Annecy le 9 septembre 1594 et, pour raisons de sécurité, s'installe à la forteresse d'AllingesB 31,A 6,9.

D'Allinges il se rend à Thonon, ville réformée, où il prêche dans la seule église restée catholiqueB 32. L'hiver 1594-1595 s'avère difficile : outre la rigueur du climat, une ordonnance publique interdit aux protestants de se rendre aux prêches de François de Sales, et ce dernier est en outre calomniéB 33. On aurait même cherché à l'assassiner, mais le religieux refuse toute escorte militaire, ne voulant rien devoir au pouvoir des armesB 34,10.

Il fait imprimer ses sermons sur des feuilles volantes, qu'il placarde en villeB 35. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'Église catholique romaine fera de lui le saint patron des journalistes et des écrivainsB 35. Une partie de ses sermons seront publiés également sous le titre : « Les controverses »B 35. François décide alors de s'installer à Thonon, principale ville du Chablais11,B 36,B 37, mais n'obtient que peu de conversions spectaculaires, hormis celle de l'avocat Pierre Poncet, le 11 avril 1595. Il écrit à son souverain Charles-Emmanuel Ier de Savoie qu'au bout d'un an : «on a commencé de prêcher ici, avec fort peu de fruit». A Pâques 1595, il part pour Annecy, afin de participer à un synode organisé par l'évêqueB 37. Rentré à Thonon en dépit de certaines difficultés financières, il reprend les discussions théologiques et les visites de maladesB 38.

Les années 1596 et 1597 marquent un tournant dans le Chablais, avec l'instauration de débats contradictoiresA 7,B 39, tout particulièrement après la conversion d'Antoine de Saint-Michel, seigneur d'AvullyB 40. Accompagné d'Antoine de Saint-Michel, François de Sales se rend à Genève pour y débattre avec Antoine de La FayeB 40,12.

Conversion du Chablais

 

Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie

François de Sales se rend à Turin auprès du duc de Savoie, Charles Emmanuel, pour lui demander son appui afin de pouvoir célébrer des messes en publicB 41. Il en reçoit l'autorisation en janvier 1597 et rétablit par conséquent la messe à Thonon. Il peut également récupérer des objets liturgiques mis en sécurité par l'ordre de Saint-Maurice qui, avec l'accord du pape, les avait saisis pour éviter un pillage lors de la guerre qui entraîna la domination bernoiseA 8.

Avec le soutien du pape Clément VIII, François rencontre secrètement Théodore de Bèze, successeur de Calvin, et discute de questions de théologie, notamment de l'importance des œuvres dans la vie chrétienneB 42. Il est désormais appuyé dans sa mission par quatre prêtres, qu'il fait bénéficier de son expérience : « Je vous assure qu'oncques je ne me suis servi de répliques piquantes qu'il ne m'en soit après repenti. Les hommes font plus par amour et charité que sévérité et rigueur »B 43.

Une grande partie des habitants du Chablais revient au catholicisme entre 1597 et 1598. L'évêque Claude de Granier nomme François coadjuteur (1598)B 44, charge qu'il accepteB 45. L'évêque veut en effet faire de lui son successeur, et envoie une demande en ce sens au pape le 29 aout 1597B 44.

François, reparti pour Thonon pour y organiser une grande célébration liturgique, reçoit alors la visite du cardinal-légat de Médicis (futur pape Léon XI). Le duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier de Savoie organise une réception somptueuse dans l’église Saint-Augustin de ThononB 46 et ces événements festifs auraient été marqués par la conversion de 2 300 personnes en onze jours13,B 46.

Par la suite, le duc de Savoie décide d'appliquer un principe politique et juridique alors généralisé : Cujus regio, ejus religioB 46. Il restaure donc le catholicisme dans le Chablais, s'il le faut par la coercition : confiscation et destruction des publications protestantes, expulsion des ministres calvinistes et interdiction aux réformés d’exercer toute charge publique14. Le duc fait venir des Jésuites et des moines. Leurs arguments sont renforcés par la présence de troupes composées de vétérans des guerres indiennes au Mexique logés chez les habitants réfractaires, Charles-Emmanuel de Savoie imposant à ces derniers de choisir entre la conversion et l'exilA 9. François de Sales ne s'oppose pas à la brutalité de ces méthodes, sa formation de juriste l'incitant assurément au respect de l'autoritéB 47. Mais il cherche à adoucir le sort des opposants en distribuant des sauf-conduits, et il visite une vingtaine d'exilés du Chablais afin de poursuivre le dialogue avec euxB 47.

Anecdote

Par effet de contraste avec les méthodes drastiques par lesquelles le duc de Savoie et les moines prêcheurs capucins entendent convertir les populations du Chablais, l'abbé de Sales réussit à convaincre ses compatriotes par son calme, sa douceur et son éloquente force de persuasion. À l'occasion des disputes qu'il engage avec les pasteurs protestants à Thonon, il fait preuve d'esprit de finesse. Lors d'un débat, tous s'accordent sur l'un des versets de l'évangile : Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre (Matthieu 5:39). À la sortie du débat, François se fait apostropher : M. l'abbé, si on vous donne un soufflet sur la joue droite, quelle est votre réaction ?. Il répond avec humour : Je sais bien ce que je devrais faire, mais je ne sais pas ce que je ferais !15.

François coadjuteur

 

François de Sales recevant les félicitations du pape Clément VIII à la suite de son examen

Le 12 novembre 1598, l'évêque Claude de Granier envoie François de Sales auprès du pape afin de lui présenter sa candidature au poste de coadjuteurB 48. Le pape Clément VIII, assisté de trois théologiens, «l'examine» avant de le confirmer comme coadjuteur de l'évêque de Genève le 15 mars 1599B 49, le nommant en outre évêque de NicopolisB 50. Au retour de Rome, François passe à Turin pour récupérer les objets liturgiques détenus par l'ordre de Saint-Maurice et les faire restituer aux paroisses du ChablaisB 51. Durant les deux années suivantes, François de Sales réorganise le diocèse de Genève (administration, économie, lutte avec l’Ordre de saint Maurice). Il cherche à installer dans le Chablais les jésuites, ainsi que la nouvelle congrégation de l'Oratoire, qu'il a appris à connaître à RomeB 52. Il cherche aussi à développer la culture et l'instruction : « tous les arts et toutes les sciences, les lettres et les langues ». Ce nouveau centre de formation nommé « Alberge » se réalise avec difficulté, en raison de faibles moyens financiers, malgré l'appui du pape Clément VIIIB 52.

En 1600, le duc Charles-Emmanuel Ier de Savoie entre en conflit avec le roi de France Henri IV et cette période de guerre se termine par le Traité de Lyon, une partie du territoire régional étant alors pris par les protestants. Henri IV se rend à Annecy (ville alliée du roi de France et siège de l'évêché du Chablais)A 10 et rencontre l'évêque Claude de Granier ainsi que François de Sales à qui il promet de protéger tout ce qu'il a fait dans cette région16.

En 1602, Claude de Granier envoie François de Sales en mission diplomatique à Paris auprès du roi Henri IV pour demander que les biens confisqués lors de la guerre de Savoie soient rendus au clergé. François accroît alors sa réputation par les sermons qu'il prononce à la cour. Le roi de France lui demande même de devenir évêque de Paris, ce qu'il refuse. Passant neuf mois à Paris, il rencontre la mystique Barbe Acarie (future bienheureuse Marie de l'incarnation), et l'aide dans la mission qu'elle s'est donnée d'introduire en France l'Ordre du Carmel. À son retour en Savoie, il apprend la mort de l'évêque de Genève, Claude de GranierA 11.

Évêque

 

Blason de Francois de Sales - Sa devise complète est Nunquam excidet

Le 8 décembre 1602, François de Sales est ordonné évêque de Genève à Thorens par Mgr Vespasien Gribaldi, archevêque émérite de Vienne, et métropolitain de Genève (les coconsécrateurs : Mgr Th. Pobel, évêque de Saint-Pol-les-trois-châteaux et de Mgr J. Maistret évêque in partibus de Damas). Il accède au siège épiscopal de Genève en exil à Annecy, Genève étant protestante. Nouvel évêque, il décide d'instituer le catéchisme afin de diffuser, de faire connaître et comprendre la foi catholique aux croyants de son diocèse. Ses fidèles l’appellent « l'aimable Christ de Genève »17.

En mars 1604, on demande à François de Sales de faire les sermons du carême à Dijon, ce qu’il accepte. Il y rencontre deux de ses plus grandes disciples, Jacqueline Coste, ancienne servante de Genève, mais aussi la baronne Jeanne de Chantal. En voyant cette dernière, il croit reconnaître la personne qui, lui étant apparue lors d’une vision, devait fonder un nouvel ordre religieux18,19,20. À ce moment il commence une correspondance avec plusieurs personnes où il pousse à la prière (vie dévote), mais aussi à la charité. Cette correspondance est à l'origine de son ouvrage Introduction à la vie dévote.

Quelque temps plus tard, il devint le directeur spirituel de Jeanne de Chantal, lui ordonnant : « Il faut tout faire par Amour, et rien par force, il faut plus aymer l'obéissance que craindre la désobéissance »21. François de Sales est aussi un écrivain remarquable, et est l'un des premiers à utiliser le français contemporain dans ses écrits afin de se rapprocher de ses lecteurs. En 1607 avec le juriste Antoine Favre, président du Sénat de Savoie, il fonde l’Académie florimontane qui regroupe ses membres parmi l’élite intellectuelle et artistique de la région. Cette fondation, voulue pour éduquer et instruire, inspire peut-être, 28 ans plus tard, la création de l'Académie française par RichelieuA 12.

En 1609, François de Sales reçut l'ordre de rétablir l’ordre de Saint-Benoît dans l’abbaye de Talloires, ce qu’il fit. Il se lia d’amitié avec Jean-Pierre Camus, l’évêque de Belley qu'il ordonna évêque le 30 août 1609 (les coconsécrateurs furent Mgr Jean Lefebvre, évêque in partibus de Tarse et Mgr Robert Berthelot évêque in partibus de Damas), et qui plus tard écrira l'une de ses premières biographies, Esprit du Bienheureux François de Sales.

Quelque temps plus tard, le pape Paul V l’envoya en mission diplomatique en Franche-Comté, possession espagnole, afin de régler le litige sur la propriété des sources de Salins qui opposait le clergé à la Maison de HabsbourgA 13.

Introduction à la vie dévote

Article détaillé : Introduction à la vie dévote.

C'est au cours de l'année 1608 qu'il écrivit son œuvre la plus connue, l’Introduction à la vie dévote22. Initialement, François de Sales écrit à sa cousine Madame de Charmoisy, qui veut apprendre la dévotion et connaître une vie de prière. Durant deux ans, François de Sales, dans ses lettres, lui prodigue des conseils spirituels qu'elle fait lire également autour d'elle, jusqu'à ce qu'un jésuite lui demande de les publier. L'auteur accepte de les publier après quelques retouches sous le titre d'Introduction à la vie dévote. Le langage et le style utilisé pour cet ouvrage est très simple pour l'époque, sans citations latines ni grecque. Offrant des conseils de piété aux hommes et aux femmes, il s'adresse à un public beaucoup plus large que les traités spirituels de l'époque.

L'ouvrage se divise en cinq parties, la première enseigne comment passer du désir de Dieu à sa concrétisation ; la deuxième partie cherche à rechercher la perfection ; la troisième est consacrée à la pratique des vertus ; la quatrième indique les obstacles à la prière ; et la dernière considère la façon de renouveler la ferveur du fidèle.

Ce livre connaît très vite un énorme succès ; il est réimprimé plus de quarante fois du vivant de François de Sales. Le roi Henri IV lui-même le lit et sa femme offre au roi d'Angleterre un exemplaire orné de diamantsA 14.

Fondation de l'Ordre de la Visitation

 

1610 : François Sales remet les règles aux sœurs de l'Ordre de la Visitation

Les premiers projets relatifs à l'Ordre de la Visitation apparaissent vers les années 1608. François de Sales entretient alors une correspondance avec la baronne Jeanne de Chantal, jeune veuve qu'il a rencontrée en 1604 à Dijon. François de Sales, qui ne veut entrer en matière avant que l'éducation des enfants de celle-ci ne soit achevée, attend donc le dimanche 6 juin 1610 pour fonder à Annecy l’Ordre de la Visitation, initialement établi dans une modeste «maison de la Galerie». La cave de cet immeuble, conservée, a été aménagée en oratoire et de nombreux pèlerins viennent aujourd'hui encore visiter le berceau de l’ordre. François de Sales choisit, pour les moniales, le nom de « filles de la Visitation » « parce qu'en visitant les pauvres, elles devraient imiter Marie, quand elle visita Élisabeth portant la grande joie qui - en son fils - était en elle ». Il leur dédie l'une de ses maximes les plus connues : « traités des affaires de la terre avec les yeux fichés au ciel... Tout ce qui se fait pour l'amour est amour... »23. A son apogée, l'Ordre de la Visitation possède 87 monastères dans toute l'Europe.

François de Sales connaît plusieurs périodes difficiles. Notamment entre 1610 et 1613, lorsque le duc de Savoie refuse qu'il quitte la Savoie pour répondre à l'invitation d'évêques français. En effet, le duc, en conflit avec le roi de France, craint que le religieux ne conspire contre lui. Ce dernier doit à plusieurs reprises faire preuve de sa fidélité et de son innocence.

On cherche également à salir sa réputation, notamment lorsqu'un faussaire imite son écriture et écrit un billet doux, faisant naître, auprès du duc de Nemours, des soupçons sur l'exemplarité de la vie de François de SalesA 15. Il ne tarde cependant pas à être innocenté et commence même à bénéficier d'une certaine réputation de sainteté. De nombreux malades viennent le voir dans l'espoir d'une guérison24.

Traité de l'amour de Dieu

Article détaillé : Traité de l'amour de Dieu.

En 1615, François de Sales entreprend d'écrire un second traité consacré à la prière. Après l’Introduction à la vie dévote, il rédige le Traité de l'amour de Dieu, l'un de ses principaux ouvrages. Différent de l'Introduction à la vie dévote par son style, ce livre est en partie destiné aux sœurs de la Visitation et traite de la vie spirituelle, François affirmant : « on parle d'une façon aux jeunes apprentis et d'une autre sorte aux vieux compagnons ».

Il entreprend un plus tard de réformer l'abbaye d'Abondance, remplaçant les chanoines par les Feuillants.

En 1619, il accompagne à Paris le duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier qui marie son fils, Victor-Amédée Ier de Savoie, avec Christine de France, fille du roi Henri IV de France. C'est la première fois, depuis dix ans, que François de Sales peut à nouveau prêcher à Paris. Sa réputation grandit, il multiplie les conférences et conseils spirituels dans la capitale française et devient pour un temps le père spirituel d'Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal des Champs. Il rencontre également le futur saint Vincent de Paul, qui dit de lui que « la ferveur de ce serviteur de Dieu brillait dans ses entretiens familiers ; ceux qui y participaient demeuraient suspendus à ses lèvres. »25. Le cardinal de Retz lui propose même de devenir son coadjuteur, pour ainsi lui succéder plus tard. De Paris, François demande l'édification d'un sanctuaire à La Bénite Fontaine, reconnaissant ainsi ce lieu sacré qui devient la petite Lourdes savoyarde. Il revient en 1620 à Annecy, où son frère est nommé évêque coadjuteur26. Par ses nombreuses visites à l'abbaye Sainte-Catherine de Vovray, près d'Annecy, François de Sales contribue à la réforme de l'ordre des Bernardins.

 

François de Sales et Jeanne de Chantal réunis sur une médaille du XIXe Siècle

Un peu plus tard, le pape lui demande de présider à Pignerol le chapitre de l'ordre des Feuillants. Puis il est invité à Turin par la duchesse de Mantoue, Marguerite de Savoie (1589-1655), fille de Charles-Emmanuel Ier. Cependant, sa santé se fait de plus en plus fragile. Lorsque le duc de Savoie lui demande à nouveau de l'accompagner pour une mission diplomatique à Paris, il rédige son testament et fait ses adieux aux religieux d'Annecy. En route, il visite les différents ordres de la Visitation et, à Lyon, il revoit pour la dernière fois Jeanne de Chantal, le 12 décembre 1622. Il meurt en odeur de sainteté le 28 décembre 1622 dans la maison du jardinier du couvent de la Visitation de Bellecour à Lyon. Contre le souhait des Lyonnais, son corps est transporté à Annecy, mais son cœur est resté à cette maison, où il est exposé dans son reliquaire d'or le jour de sa fête27.

François de Sales, proche de Vincent de Paul, disait n'avoir qu'un seul regret : ne pas avoir pu rencontrer le curé Lorrain Pierre Fourier. Les trois hommes seront canonisés.

Histoire Écriture Patrimoine France 16e Spiritualité Saint Imprimerie Théologie Religion

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